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 Don't let me get away. | Ruki

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Evelyn R. Caulfield
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MessageSujet: Don't let me get away. | Ruki   Ven 2 Sep - 21:53
Des lignes. Des lignes et des droites. Des traits, tout simplement, qu’ils soient alignés d’une manière ou d’une autre, sans signification, et pourtant toujours plus de celles-ci qui en découlaient. Ils étaient tirés çà et là, peut-être bien insignifiants, ne démontrant toujours rien de très clair si l’on ne voyait qu’eux et non pas la main qui tenait le crayon et qui les traçait, et non pas le tout que ce fouillis imparfait créait. De loin, tout pouvait sembler bien sombre, des traits qui se mêlaient au décor invisible, mystérieux, presque mort. Ce qu'elle dessinait n’avait rien de très joyeux, semblait-il. Une forêt d’hiver sous une neige intense. Un blizzard présent. Peut-être que cette représentation cachait quelque-chose, non pas dans ce qui était représenté, mais simplement dans l’ardeur de ses traits. Qu’importe, la main qui entraînait le crayon dans une danse tout autant gracieuse que précipité, le visage de cette même personne et l’expression qu’il arborait, tout aussi sérieuse qu’elle pouvait sembler neutre et concentrée, appartenait à la préfète de Serdaigle. Oui, semblait-il qu’elle savait très bien ce qu’elle faisait, où elle se rendait, qu’elle retranscrivait tout autant son inspiration sur cette feuille dans les moindres détails et dans ses moindres impulsions spontanées, comme un appel de son âme au loin et de son lourd secret.

Oh, personne n’aurait pu le voir

C’est bien que cacher tout ce que l’on ressent. Être bon acteur. Ne laisser montrer que ce que les autres veulent voir. Changer des larmes en un sourire, une mine désolée vers une personne chère en un regard vaniteux, hargneux. Avait-elle vraiment le choix ? Pour elle, c’était déjà tout tracé. Même ses yeux verdâtres ne démontraient en aucun cas ces flots d’émotion profonde. Elle jouait bien son jeu, la p’tite Serdy ! Bah ouais, faut rien laisser en suspens, faut que tout le monde le croit, faut qu’elle se MENTE à elle-même, limite, pour que personne ne s’en rende compte... Et même pas elle, par moments. Mais oh, ça faisait mal, de faire ça, tellement mal ! C’était pas rien, après tout...

Après tout, c’était quand même une sacrée blessure qu’elle s’infligeait.

Et à ça, il fallait rajouter tout le reste. Tout ce dont elle ne pouvait plus faire. Cette foutue règle. CES foutues règles. Au moins, elle avait réussi à manger, c’était déjà un bon point. Pour le reste ? M’enfin. Evelyn qui n’a pas accès à la bibliothèque ! Evelyn qui ne peut plus rien faire... Evelyn qui est remise à sa place. Comme avant. Comme il y a longtemps. La p’tite dernière. Le vilain petit canard à la patte cassée qui devait traîner derrière une famille dont elle ne semblait appartenir. La petite rejetée que personne n’aimait. Fallait croire que rien de tout cela ne se stopperait. Qu’elle le vivrait toujours autant et avec autant de mal. Et ici, malheureusement, il n’y avait pas ce grand frère protecteur qui viendrait la sortir de cette merde dans laquelle elle tombait et s’étouffait. Une grosse mare de merde. Et elle en avait même rajouté, avec tout ce qu’elle devait déjà vivre en tant que Née-Moldue ! Comme si tout cela avait un but précis. Les intentions des Carrow étaient tout bonnement insensées. Et encore, elle devait subir comme elle subissait toujours.

Et les traits continuaient de courir sur le papier. L’efface suivait et effacait les surplus, ses doigts traçant les ombres et enlevant les imperfections par la même occasion. Le paysage blanc semblait tellement sombre et écrasant malgré la beauté qu’il représentait qu’il faisait presque froid de regarder ce simple bout de papier. Frigorifiant, tout simplement. Que pouvait-on espérer d’un paysage aussi désespéré ? Un chalet où une cheminée qui aurait fumé un bois nouvellement coupé pour les temps plus froids aurait pu réchauffer l’atmosphère. Evelyn, cependant, ne semblait pas de cet avis et laissait ce paysage délabré en suspens.

Un soupir passa brièvement la barrière de ses lippes, tandis qu’elle relevait le regard vers la salle. Depuis combien de temps dessinait-elle ? Elle n’aurait pu le dire. Peut-être assez longtemps pour que le ciel soit recouvert d’une épaisse couverture noire, d’où les étoiles se répandaient tranquillement pour laisser à ceux qui les contemplaient le temps de s’émerveiller. Elle, elle ne le ferait pas. Trop portée à regarder ailleurs. Trop portée à dessiner. Dessiner sa vie et ses pensées. Elle était seule, d’une certaine manière. Seule dans la salle commune éclairée du feu magique brûlant dans le foyer, de la douce luminosité qui n’avait rien d’autre à faire que d’apaiser les âmes. Et puis, où aurait-elle bien pu aller ? Le couvre-feu des personnes de son ‘espèce’ avait tombé depuis bien longtemps déjà. Elle était un peu comme une prisonnière. Une prisonnière sans aucun droit propice. Sauf quand elle s’évadait pour rejoindre l’A.D., où, peut-être, portait-elle une chance de revoir un jour un monde plus doux et moins en guerre. Ça n’était que ça depuis sa rentrée dans le monde magique. Que ça. Guerre et divergences d’opinion, trop brusques, trop poignantes. Ils espéraient tous s’en sortir un jour. Le truc qui n’arriverait pas, quoi.

Vive les causes désespérées.

En fait, elle n’était pas réellement seule. Les autres étaient juste loins ou dans leur dortoir respectif. À attendre le lendemain, s’il osait se pointer un jour. La jeune femme reposait son regard sur sa feuille, regardait son crayon, puis encore la feuille, avant de se remettre à dessiner mettre plus de neige sur les sapins, plus de neige qui les faisait crouler sous son poids. Un poids qui serait peut-être trop à endurer. Un poids qui ferait céder les branches. Mais les sapins, eux, ils s’en sortaient bien. Ils n’avaient qu’à abaisser un peu leurs branches pour que le poids les quitte, que la neige retombe au sol. Ils en avaient de la chance, ces enfoirés. Si c’était si facile...

Et les traits continuaient toujours. Et voilà qu’une silhouette prenait place à ses côtés, silencieuse. Pendant quelques secondes, elle ne bougeait guère, même si sa main avait stoppé dans sa course. La seule personne qui oserait s’asseoir aussi près d’elle de cette manière aussi silencieuse, subtile, elle la connaissait que trop bien. Un vain sourire s’affichait sur ses lèvres alors qu’elle fermait les yeux. Peut-être pour réfléchir ou seulement pour remettre ses pensées en place, reposer son âme.

    « Salut, Ruki. »


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MessageSujet: Re: Don't let me get away. | Ruki   Dim 4 Sep - 18:21


« Our vivid dreams are just like big production movies
They get entangled well within our daily routines
So please re-think or use my dream-on strategy

And please allow me to be your anti- depressant,
I too, am prescribed as freely
As any decongestant »


Anti-D - The Wombats



Allongé dans l’herbe sombre, le jeune homme contemplait le ciel nocturne tapissé d’étoiles. Les astres qu’il aimait tant, brillant d’une douce lueur, donnaient comme l’impression de veiller sur lui. Ces mêmes étoiles qu’il regardait avec son père, autrefois. Dire que c’était dans ce même parc où le plus gros mensonge de sa vie avait été découvert il y avait peu. Vitaly savait tout, absolument tout, maintenant. Il ne pourrait plus se cacher, comme il l’avait toujours fait, derrière ses mensonges habiles et ses faux semblants. Il entendait déjà leurs voix et leurs reproches imaginaires, dus à son pessimisme constant lorsqu’il pensait à son père et sa famille : « Hypocrite. Oser piétiner ton propre petit frère alors que tu ne vaux pas mieux que lui. Tu n’aurais jamais dû naître, de toute façon. Tu n’es qu’un bâtard, un intrus qui n’aurait jamais dû mettre les pieds dans cette maison. Tu n’as pas ta place parmi nous ». Qu’allait dire son père ? Son père qu’il aimait tant, qui n’avait jamais été vraiment là pour lui, mais dont il était fier d’être le préféré ? Ce père lointain en lequel il avait placé tant de confiance et d’espoirs ? A quoi tous ces efforts qu’il avait faits, depuis son enfance, pour gagner son estime, auraient servi s’il perdait tout subitement ? Il le voyait déjà, l’air grave et méprisant, lui lancer les mots qu’il redoutait le plus : « Tu me déçois. Tu n’étais pas mieux qu’eux, en fin de compte ». A cette seule pensée, transi d’angoisse, le métisse serra ses poings de toutes ses forces. En vérité, rien de tout ça n’arriverait probablement. Maria serait la seule qui se mettrait à le détester encore plus, et les autres feraient comme ils avaient toujours fait : l’ignorer. Quant à son père, il serait probablement déçu, oui. Par le mensonge ou la vérité, peu importe. Il continuerait d’être le mauvais père absent n’aimant son fils illégitime que pour ses bonnes notes. Mais Ruki aimait bien se rendre la victime d’une tragédie grecque, pour se donner l’impression qu’il était un peu important. Que sa vie comptait pour les autres, rien qu’un peu. Que son existence avait un sens.

C’est vrai, Ruki était doué pour se victimiser. Une vraie Drama Queen. C’était sa façon de se défendre, face à son problème familial, sa façon de fuir la vérité bien plus cruelle. De s’empêcher d’avoir vraiment mal, de se rendre compte qu’il n’était qu’un salaud. Tout était parfait s’il devenait le pauvre petit enfant illégitime laissé de côté, à qui son père indigne vendait du rêve avant de lui infliger l’existence sa vraie famille. Oui. Comme ça, il avait le droit de souffrir. Ce n’était pas lui le « méchant » de l’histoire. C’était tellement parfait comme ça. Oui, il était bien joli, ce conte digne d’un petit orphelin de l’ère victorienne, mais ce n’était pas la vérité. La vérité, c’était que Ruki avait, toute sa vie et à la première occasion, descendu son pauvre demi-frère qui ne lui avait rien demandé pour s’attirer le plus d’amour possible. Tout ça parce qu’il crevait de trouille. Parce qu’il avait peur d’être rejeté, de se retrouver seul. Sa mère l’aimait, elle, pourtant. Mais il voulait malgré tout la reconnaissance des autres. Il voulait que son père et sa famille le traitent comme leur égal. Un diabolique philosophe italien a dit : « la fin justifie les moyens ». On voit qu’il n’avait pas songé aux conséquences de sa belle citation. Après l’avoir appliquée, non seulement Ruki était devenu un vrai salaud, mais la fin qu’il attendait, « être aimé » il ne risquait pas de l’obtenir. Surtout que Vitaly, puisqu’il aime tout le monde, était le seul qui aurait pu l’aimer, en fait. Vraiment, merci du conseil, mon pote. Tu peux retourner étudier tes princes !
La seule solution qui lui restait maintenant, histoire de s’en tirer sans trop de honte, était de réparer ses erreurs stupides. Aller s’excuser auprès de Vitaly, même s’il ne voulait pas lui pardonner, et tirer un trait sur la famille de son père à laquelle il n’appartenait pas. Quant à son père… Il devrait probablement en profiter pour tirer un trait sur lui aussi. Ce n’était pas comme s’il lui avait apporté grand chose, pendant ces dix huit ans, après tout. Peut-être que tout irait mieux ainsi.

Le jeune homme frissonna. L’air commençait à se faire frais, et l’heure, tardive. Même en huitième année, s’il se faisait prendre à traîner dans le parc aussi tard, il doutait de l’indulgence des Carrow, de Rusard ou des préfets… Avec la manche de sa robe de sorcier, il essuya ses yeux humides et se leva. A la hâte, il regagna le château et monta quatre à quatre les marches des escaliers fous pour rejoindre le dortoir des Serdaigle, les yeux mornes. Il fallait qu’il arrête d’y penser. Après avoir résolu l’énigme du jour, il passa à travers le tableau, et, les mains dans les poches, il rentra silencieusement dans la salle commune des Serdaigle. Ruki s’arrêta brusquement. Il n’était pas seul. Une jeune fille était assise dans le canapé en face de la cheminée, et dessinait. Le métisse, tout à l’heure déprimé, se mit à sourire sans s’en rendre compte. Malgré l’heure tardive, ça ne l’étonnait pas de la voir encore debout, à dessiner seule dans la salle. Sans même réfléchir, il s’approcha et s’assit près d’elle, sans bruit, admirant la nouvelle œuvre de son amie. Dans la pièce, seules les rumeurs du crayon frottant le papier et du feu crépitant dans la cheminée venaient rompre le silence parfait qui s’y était installé. La voix d’Evelyn s’éleva soudain. Le sourire du jeune homme s’étira sur son visage. Elle n’avait même pas eu besoin de le regarder pour savoir que c’était lui.

« C’est toujours aussi beau, espèce de génie... » Dit-il, d’une voix douce, en lui caressant les cheveux pour la réconforter.

A vrai dire, il n’avait pas eu besoin de voir ses yeux vides et froids pour le comprendre, Evelyn n’allait pas bien. Que ce soit ce beau paysage enneigé qu’il voyait sur le papier, ou le calme presque mélancolique de la jeune fille, cela lui suffisait amplement. Et il était probable qu’elle se rende compte de sa propre tristesse avant qu’il n’ait le temps de soupirer. Forcément, elle devait avoir la vie dure, en ce moment, avec ce nouveau règlement sadique anti nés-moldus. Il ne comprenait pas comment la cruauté raciale gratuite pouvait atteindre ce niveau, dans une école qui avait toujours eu certaines valeurs. Il fouilla dans ses poches toujours pleines de friandises, et en tira un fondant du chaudron encore emballé, qu’il rangea dans la poche de la jeune fille, avec un sourire complice.

« Tu ne dois pas manger beaucoup, en ce moment, toi… Papa s'inquiète pour ta santé. Vivre sans chocolat, c’est dangereux. »

A ces mots, il sortit une petite barre de chocolat noir de son autre poche et mordit dedans. Même lorsqu’il était abattu lui même, toujours à faire l’idiot pour la réconforter. Parce qu’il n’y avait rien de plus précieux que le sourire de son amie. Il la regardait dessiner, silencieux, levant parfois ses yeux noirs vers elle, comme s’il voulait lui dire : « Alors, quand est-ce que tu vas me dire ce qui ne va pas ? »

Heureusement, le chocolat était là pour adoucir leur triste soirée.

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Evelyn R. Caulfield
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MessageSujet: Re: Don't let me get away. | Ruki   Mer 14 Sep - 2:27
Depuis combien de temps pouvaient-ils dire qu’ils étaient amis ? Longtemps, peut-être. Mais qu’importe le temps qui les avait lié ainsi, aucun temps n’aurait l’audace de même défaire ce lien. Ils étaient si proche. Si uni. Il était pour elle comme un frère qui n’aurait pas fait partie de sa famille trop nombreuse. Un frère d’une autre famille qui aurait peut-être eu la chance d’être plus harmonieuse que la sienne – sans pourtant l’être. C’était dommage. Ruki était un bon gars. Il ne méritait pas ce genre de choses, ce genre de sort qui lui tombait dessus telle une épée de Damoclès. Ça faisait bien mal de le voir souffrir. Peut-être plus mal que sa propre souffrance, bien qu’elle ne concerne qu’une bonne partie de ses amis les plus proches. Drake. Ce Pouffy lui maquait. Et malgré tout, ce point allait revenir, elle le savait. On n’abandonnait pas son ami de guerre comme ça. C’est un complice. Et il devait tellement se sentir trahi par elle, ce complice, que ça lui donnait un mal être intense qu’à penser à quel point il la détestait maintenant. Sacré Tiresias ! Lui et ses plans diaboliques ! Ou elle et ses plans pour le déjouer. Elle n’attendait que le bon moment. Il viendrait, elle l’espérait. Assez tôt pour que Drake comprenne. Elle devait faire comprendre à tout le monde son point. Même si même à lui. À lui, à son confident, Ruki, elle devait mentir. Mais combien de temps ce jeu durerait-il avant qu’il ne découvre une parcelle, un filament sur lequel il pourrait tirer pour en découvrir l’ampleur de cette couture défaite ?

Sa main dans ses cheveux. Délicate et très bien reconnue. Heh. Elle esquisse un nouveau sourire face à cette nouvelle preuve d’affection, même à ses paroles empreintes de cette même douceur, ses yeux mi-clos toujours concentrés sur son dessin, sans vraiment le voir pour autant. Les traits étaient lointains dans son esprit, comme si plus rien ne venait à son regard verdâtre. Il n’y avait que le jeu de lumière et l’effet de sa pensée qui virevoltait d’un sens à l’autre sans jamais rien voir. Comme si elle ne pouvait que se concentrer sur ce qui se passait. Ruki. Par cette démarche silencieuse, par ces pas impavides, hésitants, et surtout par l’aura même qu’il semblait dégager, elle aurait pu comprendre. Comprendre que quelque-chose n’allait pas. N’était-ce pas nouveau. Et pourtant, juste de le revoir là était une source solide d’un certain réconfort. Ça faisait un moment. Il lui avait manqué.

    « Merci. »


De repenser à tout ça lui donnait un malaise qu’elle remettait sur papier. N’était-ce pas la meilleure manière de s’exprimer ? Elle savait. Oh, Evelyn n’était pas folle. Elle savait bien qu’il avait vu ce que représentait ce dessin. Seulement dans son ton. Son expression. Qu’importe. Il y avait un sens à ces paroles, elle en était certaine. Puis, n’était-il pas celui qui, même dans les moments les plus joyeux, avait pu déceler une petite trace de sa douleur dans un simple trait qu’elle aurait dessiné ? Ses talents étaient certes médiocres, de mauvais goût en ce qui concernait le dessin, mais il avait ce sens artistique d’interprète. Il était lui-même un artiste dans sa manière. Les artistes se comprennent. Ils sont étranges et ne voient pas le monde comme le commun des mortels. Qu’ils soient moldus ou sorciers. Ou classe à part, comme elle semblait l’être dans cette école. Autant débris que dans sa famille. Ça ne changeait rien.

Et voilà qu’à la suite de sa main finissant de frôler sa nuque, elle se remettait à son travail au jeu des ombres et de lumières, à ce paysage trop sombre pour sembler mêler en lui la touche chaleureuse de la fantaisie. Un mot qui l’avait jadis toujours fasciné. Un mot qui prenait une de ces tournures insoutenables... Horrifiantes, car rien de plus n’était assez définissable dans ces moments sombres où la lucidité était de mise malgré ce qui semblait n’être qu’un cauchemar. Un cauchemar qui continuait toujours beaucoup trop. Et qui virevoltait, virevoltait... Vortex scrupuleux. La sortant encore des méandres de ses profondes chimères fut la main de Ruki enfonçant quelque-chose au creux de sa poche. Elle relevait le regard, entendant le bruit quelque peu bafoué du papier d’emballage de confiserie. La préfète décrochait un sourire mesquin face à ce même geste, peut-être simplement en remerciement, après les dires toujours bouffons de son ami. Ironie qui voulait, en parlant de père, que le sien ne l’ait jamais réellement apprécié. Alors comment pourrait-il même s’inquiéter pour elle ? Sûrement qu’en sachant tout ce qu’ils lui faisaient vivre, il en serait presque ravi.

Il n’y a que son grand frère qui aurait détesté entendre de telles choses. Elle-même n’osait qu’à peine lui écrire dans ces temps de crise, de peur de même le dénoncer, de lui faire vivre le même martyr ou le faire frôler la mort. Ça serait beaucoup trop. Mais ce manque de communication, elle le savait, devait l’affecter au plus haut point. Chocolate devait être assez déçue de ne pas porter de courrier à son frère, en plus. Il lui donnait toujours des gâteries, à cette chouette trop gâtée. Elle devrait bien lui en donner en échange. Si elle pouvait elle-même trouver un moyen de se nourrir convenablement et de ne pas mourir d’une crise d’anorexie involontaire.

Quelle dure note c’était, de repenser à tout ce qui tracassait ! Autant tout oublier, la vie serait plus facile. Si tout était aussi simple, on vivrait longtemps et heureux, laissez-moi vous dire. C’est vraiment dommage que les humains ne soient pas comme ça. Que les Homme aient inventé la philosophie et tout. À ne pas avoir exploré toutes les facettes de l’humanité, peut-être, seulement peut-être, que personne n’aurait réellement eu à vivre un truc dans le genre. Avec toutes les calamités qui leur passaient dessus, il ne fallait espérer que la mort soit plus douce, salvatrice. Et pour Ruki, qu’il y ait beaucoup de nourriture.

Cette pensée lui décrocha un petit sourire alors que lui venait de mordre à pleine dents dans sa barre de chocolat. Sa tête se relevait vers lui et elle le dévisageait pendant un court moment d’un même sourire doux. Lui ne changerait pas. Et même en cachant ce qui le tracassait, la laissant pourtant lire en lui comme un livre ouvert, il semblait enclin à garder son sourire.

    « Tu sais... » Musa-t-elle, arrachant une feuille vierge de son cahier pour la glisser devant lui, sur la table, enlevant un de ses crayons de dessin pêle-mêle devant elle et le déposant sur cette même feuille. « Je suis certaine que toi aussi, tu as besoin d’un peu de dessino-thérapie. »


C’était fou. Presque totalement insensé. Il la lisait bien comme ses étoiles qu’elle le lisait comme une partition, un dessin, une note de musique mélodieuse humant l’air. Un accord dissonant se faisait sentir, elle accourait. De toutes ses forces puisées et même dans ses pires moments, elle ne pouvait le laisser tomber. N’est-ce pas là, la source première de l’amitié ? L’amitié est salvatrice. Elle sauvera le monde si tous puissent s’entraider ainsi. Et elle ne pouvait le laisser ainsi. Une scéance de dessin-je-te-dis-ce-qui-ne-va-pas commençait alors, sous les étoiles, l’odeur du crayon, du sucre et des flammes.


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