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 Tension vers l'infini, délicieux désespoir ! { pv Matthew.

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Constance Morel
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MessageSujet: Tension vers l'infini, délicieux désespoir ! { pv Matthew.   Mer 19 Mai - 0:18

Voilà neuf ans que je t'ai abandonné, faiblard et souffreteux que tu étais, dans cette sépulture imaginaire que je m'étais confectionnée, et que je m'en suis allée, le baume au corps, n'était-ce pourtant point mes larmes qui ornaient le sol terreux et piquant, et tes yeux qui me regardaient, dans ce tronc d'arbre, dans ce caillou, dans cette fleur, je vois tes yeux bleus qui m'accusent d'être toujours vivante. Les poches crevées, l'âme en petits paquets, incapable de chuchoter ton prénom, en caressant tes cheveux d'un noir corbeau. J'étais devenue la plus petite femme, mes cheveux étaient blonds, mon sourire large et mes yeux aussi blancs que le voile qui a recouvert mes yeux quand je suis tombée. Par principe et parce qu'il le faut, j'évite les gens méchants et les rues sombres. Ils me demandent suavement d'aller mieux, j'adviens elle, je demeure, me transporte, regarde les autres, mais ne comprends pas. Et tu es là à me dire d'être à l'heure, de parvenir, ainsi, de rien était, de dire bonjour et de sourire. Le soleil me pique les yeux, la pluie me fait des trous dans la main.
Je voulais te dire que je t'aime, mon amour. Bien sûr, il a fallu continuer à regarder dans le blanc vitreux des lucarnes décharnées du château, s'inventer des rêves, aussi. Des tableaux, un amant, une femme jeune, une femme vieille, et tout est fait ! Je me demande bien ce qu'il arrive si je t'oublie. Ce qu'il survient si je souris, si mon corps cachectique s'approche du tien, si je retrouve cette envie du tien, ce besoin de me geler en toi. Je suis à un pas de l'Enfer, mon amour, et derrière moi, je vois encore le néant d'où je ressors. Ils disent, ils m'auscultent, me rassurent, je ne suis point perdue. Sans toi, je ne sais plus où je me conditionne, ma gorge est constamment serrée, si seulement il existait un sort pour ça. Pas de potion, juste un sort. Comme celui qui t'a tué. Je sais que Matt s'est bien amusé. Peut-être t'aimait-il bien. Peut-être pensait-il que tu avais trop peur. Il a peur, lui aussi. J'ai peur, je n'arrête pas de pleurer, mon amour. Je voudrais que tu sois là. Pour dire vrai, tout sonne creux, tout est trop vieux, je me lis, je me dis que ce n'est pas moi, qu'il ne demeure rien de cette personne-là. Je m'observe dans le miroir, je vois un long col roulé accroché en face- l'en face du miroir, peut-être me dis-je que des personnes qui ne sont plus apparaîtront, peut-être daigneras-tu donc à y sonner, à pénétrer d'une pirouette, bonjour, cela fait longtemps, aurais-tu un café, je regarde ce col roulé mal léché et tout abîmé, le frotte précautionneusement, sans eau, sans rien, et j'y sens un soupçon de ton effluve. Il fallait que j'écrive à cette effluve, aujourd'hui, à cette effluve qui me rappelle combien tu fus tout pour moi, Ô Luxine, mon amour. Le temps me glisse dessus, j'ai essayé de lui expliquer qu'il avait tort, le temps, d'aller ainsi, sans retenue, chasteté zéro, mais il m'a regardé dédaigneusement pendant neuf ans et m'a dit de me taire et de retourner d'où j'étais, et de le laisser faire intrusion en moi, comme avant. Je les hais, tous. C'était peut-être pire qu'un viol, je pense, je le pense très fort, de toute mes forces,



      « C'est beau, n'est-ce pas? »


    La voix paraissait somnolente et endormie, le chuchotement du papier sur la surface du bureau lui était aussi indiscrète. La jeune femme se contraignait à adopter une retenue des plus mesurée ainsi qu'une réserve apparente. Le bout de parchemin qu'elle présentait négligemment à l'homme présent à juste quelques centimètres d'elle constituait une des pièces maitresses des longues années de thérapie qu'ils avaient derrière eux. Parler d'un changement voire d'une amélioration était trop précipité pour le moment, c'est pourquoi la brune préférait mille et une fois se plonger dans une stérilité déroutante pour que l'amélioration s'effectue, flagrante, déroutante. Lacey ne devait s'adoucir ni même éprouver un semblant de sympathie pour la personne qui lui faisait face. Un nez d'ivoire, une bouche enluminée, des yeux concentrés et vifs, une chevelure qui avait toujours un air étonnamment anodin, avec, enfin, un regard des plus cyniques.

      « Je l'ai écrit toute seule, sans m'arrêter. Ce n'est pas fini. »


    Elle l'avouait d'un ton banal dans lequel on sentait un semblant de fierté enfantine qu'il était difficile de camoufler. Le praticien Blackway ne semblait avoir sa place en ce bureau acajou qui appartenait à son chef de service, habillé de blanc, une main délicatement posée contre son menton. Toutes les deux semaines, Lacey s'octroyait un rendez-vous avec lui par contrainte, quand elle avait été curieuse de savoir ce qui l'obligeait à être sevrée de telle manière, le médecin devenait évasif, de même qu'il n'avait voulu prévoir une date d'arrêt de leurs étranges rendez-vous. Peut-être qu'il prenait volontairement de son temps, peut-être que tout cela n'avait rien d'officiel.
    Pour elle.


      « Quand j'avais fini d'écrire ce premier jet, je me suis sentie tout à fait vide.. Comme.. Comme si l'on m'avait empêché de respirer quelques temps, et, étrangement, voyez-vous, cela m'a soulagé. »


    Raconter une histoire, ouvrir la bouche et s'entendre parler. Soudainement, Lacey n'était plus cette femme ataraxique qui venait se plaindre de ses maux mais une gamine molle qui se raconte, petit sourire aux lèvres, la paille à la main, presque mélancolique. Craignait-elle sans doute aucun de trépasser, il le savait. Espérait-elle intérieurement que Luxine fasse une apparition, il était au courant. La brune était bien loin du mélodramatique qu'elle adorait susurrer à l'oreille de Carl ou hurler face à Drago. Peut-être était-ce ce que l'on pouvait qualifier « murir ». Assouvie ou non de cette vie passée à se plaindre dans les bras du premier quidam effrayé ou dégoûté, elle était forcée de s'amender de ces séances où ils s'observaient dans le blanc des yeux. D'où le soudain besoin de combler le silence, qui transposait entre tendu et agréable, sans qu'elle ne puisse en expliquer la raison. Elle avait été tout particulièrement euphorique à lui montrer son chef-d'œuvre, ce matin, en avançant dans les rues animées de Londres. Alors qu'elle avançait son visage vers celui de Matthew, qu'elle lorgnait insolemment son regard froid et insondable, que sa main gauche allait se caler contre son menton, qu'elle voit presque son reflet dans ses yeux, son reflet fatigué, un peu fou, une infirmière vient les interrompre. Sursautant presque instantanément, elle éprouve le besoin de rajuster ses vêtements et de s'assoir plus convenablement. La femme adresse un terme bien technique au médicomage et s'en va, une liasse de papiers à la main. Rougissante, gênée, Lacey se dandina quelques instants avant de murmurer quelque chose d'incompréhensible. Ses yeux se baissent sur son pantalon fait de jean, il parcoure le sol dallé, l'odeur du parchemin fait frémir ses narines et elle chuchote :

      « Vous pensez que je serais capable de faire semblant d'être heureuse, un jour? Peut-être suis-je arrivée à terme, peut-être que mon poignet a cessé tout soudainement de gémir parce qu'aucun ressenti n'a glissé au frétillement de la plume au moment de l'écriture de la virgule. J'aime l'inaccompli. J'aime la sensation de mon cœur qui se serre à l'écriture de son nom.. »


    Elle attrape avec violence la plume posée dans l'encrier, déchire son parchemin, voit les mots « comme avant. Je les hais, tous. » s'introduire dans sa pupille mais elle n'y prête attention et trace un « L » de son bout, un « L » qui semble être sur le point de transpercer la table, un « L » rageur et passionné. Comme entrée dans une transe silencieuse, l'air terrible, elle fixe la plume et les gouttes d'encre noire qui se répandent sur la table. Des larmes de rage coulent sur sa peau salée, elle sanglote pathétiquement de haine contre elle-même, de ce déni de sa personne qu'elle transporte depuis si longtemps, de cette sensation de manque physique continuel, mais aussi de cet honteux spectacle qu'elle offre à l'homme devant elle et qui dure depuis si longtemps.

    Plus délicatement, alors qu'elle renifle une, deux, trois fois, elle trace un « U » dont les pointes sont arrondies et prolongées.

      « Ces cinq années ont-elles vraiment servi à quelque chose? »


    Le X les nargue, impétueux, avec un emplacement volontairement allongé.

    Elle lâche la plume, excédée par le regard fixe de Matthew, ferme sèchement les yeux et pose ses mains enlacées sur ses cuisses, et, comme sur le point d'attendre une réprimande, elle respire lentement, le souffle mesuré. Elle a le regard cerné d'une petite enfant de six ans. Pour une fois, ses mains ne tremblent pas, à la lumière, ses yeux paraissent bleus, un bleu profond et recherché. Ce n'est que dans l'ombre qu'il reprenne ce marron trop sombre, souvent assimilé à un noir passionnel. En un battement de cil, elle se souvient de sa dernière rencontre avec Carl, de son emprise d'elle-même, de son calme et de ces sourires, ces sourires qui ne sont plus si faux. Elle pense à Destiny, à ses mots qui tombent sur elle comme des pierres. À Drago et son terrible besoin d'emprise sur autrui. Elle pense à Min, à Luxine, à ses enseignants et à Poudlard. Elle est folle.
    Folle.

      « Désolée, monsieur Blackway. »


    Deux gamins dont les points de vue s'affrontent et se superposent. Elle griffonne de minuscules « i » , « n » et « e », le regard devient terne, elle se sent brusquée. Il paraît qu'il y a toujours un peu de folie dans l'amour mais il y a toujours un peu de raison dans la folie.

Baby, did you forget to take your meds?




    Don't listen to a word I say.– Hey !– The screams all sound the same.– You're gone, gone, gone away,I watched you disappear.All that's left is a ghost of you.– Now we're torn, torn, torn apart, there's nothing we can do,Just let me go, we'll meet again soon.– Now wait, wait, wait for me, please hang around– I'll see you when I fall asleep. ✖


L'ABSENTE.
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