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 « Toi tu rentres pas dans les bars t'es parti dans la fumée. » [Lacey]

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MessageSujet: « Toi tu rentres pas dans les bars t'es parti dans la fumée. » [Lacey]   Mar 27 Avr - 19:03
    « Sûr qu'on est rien de rien, que du vide, que du vent, sûr qu'on est rien, rien, que des morts, que des morts vivants. »

    Les mains dans les poches les yeux vers l'Enfer Destiny d'un pas lourd marche à travers des fantômes sans visage et sans nom. Ils n'en ont pas parce qu'il ne les connait pas. Parce qu'il ne les regarde pas. Parce que ça ne l'intéresse pas. Les autres n'ont pour lui aucun intérêt, aucun attrait réel. Il n'y arrive pas – ils pourraient bien tous crever que l'adolescent ne verserait une larme. Il pourrait bien être seul au monde, que rien ne changerait. Mais vu que ça n'est pas le cas, vu qu'ils ne peuvent tous mourir, c'est Destiny qui mourra.

    Au fond son suicide sera altruiste, se dit-il. Oui, il se dit que son suicide sera le plus beau de tous, puisqu'ils seront enfin débarrassés de lui. Il se dit qu'il laissera sa place à quelqu'un d'autre ! Quelqu'un d'autre qui l'aurait mérité, qui serait aimé. Le genre de personnes dont la beauté respire la vie et l'amour, le genre de personnes que Destiny envie et méprise à la fois. Il les méprise d'être aimé parce qu'ils ont la prétention et l'équilibre de ceux qui n'ont jamais peur. Il les envie parce qu'il aimerait pouvoir, un jour, être débarrassé de ses peurs. Être débarrassé de ses angoisses qui le mangent, qui le rongent de l'intérieur. A l'intérieur, Destiny pourrit. Il pourrit inéluctablement.

    Il s'arrête. En plein milieu de la rue remplie de sorciers en tout genre le punk se stoppe et semble enfin prendre conscience de l'endroit où il se trouve. Il se remémore les évènements antérieurs ignorant les soupirs et les grognements poussés par ceux dont il gêne le passage. L'après midi touchait à sa fin et il étouffait, alors il était sorti sans raison, sans prévenir. Et ses pas l'avaient menés à Pré-au-Lard sans qu'il ne les dirige réellement.

    « Regardez où vous marchez ! » lui lance un vieil homme gras qui le bouscule au passage. L'enfant décharné fait quelques pas de côté et chancelle jusqu'à la façade d'un bâtiment où il s'adosse. Abris précaire. Il reste pantois, perdu, à regarder s'effacer la silhouette de l'homme qui est entré dans sa vie pour en ressortir aussitôt. Entré dans son monde. En vain. Destiny est toujours bloqué dans son monde et ne laisse personne y entrer. Dans son trou. Il ne voit rien, pas même ce qu'il a sous les yeux. Il est toujours à s'occuper de lui, lui et sa souffrance, et sa déprime, et sa tristesse, lui au bord du gouffre. Il n'est pas à proprement parlé égoïste. Envers ses amis le jeune homme se trouve être particulièrement attentif et observateur. Mais il ne sait rien faire. Il ne sait jamais, comment réagir. Quoi dire. C'est simple face à des inconnus. Face à un inconnu, il sait ce qu'il faut dire. Il n'a juste pas envie de le faire parce que l'inconnu ne peut l'intéresser. Parce que le changement et les sourires sont bien trop effrayants. Parce qu'on finira toujours par l'abandonner. Et face à ceux qui comptent, Destiny se retrouve comme un enfant paumé. Comme cet enfant qu'il a été. Incapable, faible, manipulable, malléable. Cet enfant qui ne sait jamais quoi dire de peur de faire pire. De peur d'être rejeté. Abandonné.

    Angoisse continuelle et infinie. L'abandon. Peur de se retrouver seul face à lui-même. Ce lui-même qu'il ne supporte pas. Pourtant, seul, Destiny l'est. Constamment et indubitablement seul. Seul à ressasser des souvenirs qui le font souffrir, qui le font mourir. Destiny est seul, mais il a trop peur d'être entouré. Il a trop peur d'aller vers les autres, parce qu'il ne veut pas voir les autres s'en aller. Peur d'aimer, de s'attacher à des êtres volages et éphémères. Et puis, il faut être lucide. Il sait qu'il va mourir. Demain, après demain, voire dans un mois. Mais il va mourir. Un jour il va être encore plus triste que d'habitude, pour une raison x ou y, et il recommencera. Il recommence toujours. C'est plus fort que lui. Il n'y arrive pas, il se dit qu'il n'est pas fait pour ça. Oui il se dit qu'il n'est pas fait pour la vie.

    Une main dans sa tignasse de nuit, il se motive et reprend sa marche. Lentement, de cette démarche nonchalante et calme qui le caractérise. Loque. Il regarde toujours autour de lui comme s'il était pourchassé et perdu. Il se sent pourchassé et perdu, pourchassé par un passé, par des monstres invisibles, il se sent perdu, perdu parce qu'il ne sait plus, il ne sait plus rien, qui il est, où il va. Pourquoi. C'est important d'avoir une raison. C'est important.

    Il ne sait pas pourquoi il rentre dans cette taverne enfumée et bruyante. Il n'aime pas ça d'habitude. Il n'aime toujours pas ça, qu'il se dit en faisant une grimace, resté bloqué à l'entrée, observant cette masse informe d'êtres humains riant aux éclats, buvant de la Bierraubeurre sans retenue dans des verres crasseux. Il serait sûrement reparti s'il ne l'avait pas vu. Mais ce soir, Destiny n'a rien de mieux à faire. Et il se sent seul et triste. Comme toujours, sûrement. Un peu d'illusion éphémère, d'amour faux. C'est toujours ça de pris. Ca d'oublié.

    D'abord, il se dirige calmement vers le bar, essayant vainement d'éviter tout contact avec les ombres qui se pressent dans la même direction que lui. Grimace, il se sent devenir glace, il mord ses lèvres desséchées pour ne pas penser à ces êtres qu'il effleure, qui l'effleurent. Chut les angoisses, chute. Il est tellement ridicule. Mais il ne contrôle rien. Il ne supporte pas. Il ne supporte pas qu'on le touche. Il ne supporte pas. Il n'arrive pas. Ca lui donne envie de disparaître, de mourir. Il se mord les lèvres à les faire saigner et semble reprendre ses esprits quand pour la troisième fois, le barman lui demande ce qu'il désire. Bafouillement pathétique de la part du brun paumé, il semble cependant comprendre et revient quelques secondes avec un verre rempli d'un jus orangé. Destiny lui refile quelque chose comme cinq ou six mornilles et sans attendre qu'on lui rende sa monnaie s'enfuit au plus vite, se rue vers la table silencieuse où Lacey est assise, l'observant probablement. Il ne sait pas, il ne lui jette pas un regard. Il reprend son souffle. Il reprend son souffle. Il a enfin l'impression de respirer. Loin des autres. Voilà pourquoi il ne rentre plus dans ce genre d'endroits bondés. Voilà pourquoi il veut disparaître. Être pathétique rempli d'angoisses asocial qui ne supporte pas autrui. Qui ne supporte rien. Destiny est faible, bien trop faible, et il se déteste de l'être. Mais il n'a pas envie de se battre. Il est bien trop insupportable à ses yeux. Il n'en vaut pas la peine.

    Sourire un peu désolé, sourire qui ressemble plus à un rictus, il lève ses yeux néants vers elle. Son jus du fruit de la passion tremblotte encore sur la table où il repose. Destiny le ramène un peu contre lui et aspire légèrement sur sa paille le liquide coloré. Il est assis sur la banquette un genou contre son torse. C'est drôle, il est clean, Destiny, mais il n'a rien perdu de ses tics camés. Il n'a rien perdu de son air mort et défoncé. Il se sent encore dépendant, de toute façon. Ca ne part pas comme ça. Ca ne part pas comme ça. Ca laisse des traces. Tout laisse des traces. Des cicatrices.
    Il aime bien Lacey parce qu'elle lui ressemble un peu, au fond. Un peu. Narcissisme extrême.

    « Y'a trop de monde ici, non. »


    Ce n'est pas vraiment une question. Il jette un regard un peu angoissé autour d'eux, comme pour vérifier ses dires. Voir s'il n'a pas rêvé. Il s'amuse, finalement, Destiny est presque drôle.

    « Tu m'as suivie, pauvre psychopathe ? Ou alors tu lis dans mon esprit. Flippante. »


    Drôle et paranoïaque. Parce que oui ! Destiny est le centre du monde.


    (Quand j'serai grand, j'serai poupée gonflable.)
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Constance Morel
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MessageSujet: Re: « Toi tu rentres pas dans les bars t'es parti dans la fumée. » [Lacey]   Ven 2 Juil - 0:58
      « C'est plus drôle. »


    Son affirmation est sans équivoque, et, alors qu'elle ramène capricieusement son verre d'eau près du bas de son visage, un sourire certain et assuré éveille son expression trop souvent neutre et négative, quand bien même Destiny faisait partie des rares qui l'avaient vu grandir, elle savait qu'il demeurerait comme exception. La camaraderie ou l'amitié était sans doute trop poussée et trop lourde comme artillerie ; on lui préférait la retenue et l'objectivité d'une simple entente. L'eau glaciale lui refroidit agréablement la gorge, elle a l'impression d'avoir envie de rire, de rire sans raison particulière, parce qu'il le fallait et qu'il lui faisait satisfaire cette appétence, bien qu'elle était tirée au hasard, bien que tout cela n'avait aucune signification particulière. Le rire n'avait plus aucune connotation aux yeux de l'adolescente, n'évoquait aucun moment heureux de sa vie, aucun souvenir honni et détesté qui aurait traversé son esprit entre deux dissertations.

      « Tout comme ta présence. Pauvre imbécile, qu'est-ce qu'une loque comme toi vient s'abîmer à fréquenter le peuple ! »


    Enfin- jouissance- elle sent qu'elle peut mais aussi qu'elle veut ponctuer ses paroles d'un petit rire dénué de toute joie. Lacey sentait que, peut-être, elle venait de franchir un certain cap, dépasser une certaine limite dans le pathétique, qu'elle avait ri, oui, qu'elle avait ri, certes, mais qu'il y avait là un violent besoin de survie, que la situation s'y prêtait, et que si ce n'était pas Destiny qui en serait le spectateur, un autre en recevrait toute l'amertume, ou, au choix, toute la haine. Elle attrapa la carafe d'une main leste et remplit son verre à ras-bord. Quelques gouttes d'eau atterrirent sur le bois sale de la table de la taverne populaire, mais cela n'avait pas d'importance, personne ne connaissait ces deux enfants, personne n'aurait l'impotence de les regarder de travers. Son pouls s'accélère. Lacey n'avait nullement à s'inviter à la Tête de Sanglier. Après avoir passé les deux dernières nuits à l'infirmerie, après être sortie en se querellant avec la garde-malade, après avoir retrouvé le calme tendu mais rassurant de la Salle Commune des Serpentard, elle avait réalisé que le poignet de sa main droite était bandé. Le retirant précipitamment- elle avait senti monter une angoisse soudaine et inexpliquée- elle s'était rendue compte du jeu dans lequel s'était plongé la Lacey inconsciente. Sous son œil flegmatique, elle avait vu une série de minuscules mais profondes entailles sur les veines qu'on entrapercevait légèrement. Maintenant qu'elle était devant Destiny, il n'en restait que des croûtes, croûtes qui décidaient de troubler sa relative douce quiétude.
    Elle tiqua.


    « Je suis malade, moi, monsieur. », expliqua t-elle en montrant son visage affreusement cerné, ses cheveux qui étaient loin d'être coiffés et son poignet mutilé. Elle ne put cependant se départir de l'ombre du sourire qui l'avait traversé. « J'ai réussi à sortir de l'infirmerie, seulement après deux jours. », continua t-elle d'une voix qui paraissait particulièrement heureuse et fière de son exploit. Elle but son deuxième verre d'eau d'un coup et le déposa ostensiblement sur la table, si bien qu'elle s'attira quelques regards courroucés de la part de leurs voisins légèrement éméchés. « J'étais venue fêter ça. » Elle fit mine de lever son verre vers le plafond crasseux, parfaitement consciente qu'elle exprimait une joie réelle à sa présence salvatrice ici- elle se serait terrée à penser à son heureux et passionnant quotidien à Poudlard qui vaguait entre Matt, Drago, Amber et le douloureux et imperceptible souvenir qui lui restait de Luxine.

    Les blessures de son poignet voulurent considération une seconde fois. Elle ferma les yeux dans le vide quelques instants avant de rouvrir ses pupilles noires et de les river sur le beau visage de Destiny. Parce qu'il était évident qu'il restait quelque chose d'irrémédiablement beau en lui. Quelque chose en son visage, la manière dont étaient tracées ses joues, son front, son menton, l'impudence magnifique de sa coupe de cheveux, la mort improvisée de son regard. Et il n'y avait rien de plus excitant qu'un Destiny angoissé. Parce que c'était l'angoisse du dehors qui l'avait forcé à atterrir ici, la jeune femme était persuadée de la véracité de son ressenti. Parce que le temps où elle ne cessait de se tromper à son propos était révolu, l'époque où il se moquait de sa naïveté, de l'amour qu'elle pensait éternel et qu'il avait eu- intérieurement, elle en était certaine- un certain plaisir à démentir pouvait se résoudre à partir aux oubliettes. Ils étaient au même stade, se faisaient pitié autant l'un que l'autre.
    C'était sans doute parce qu'elle se sentait terriblement bien avec ce garçon qu'elle continuait à le fréquenter, de cette manière sporadique et insolente, insouciante et décontractée.

    D'une voix qu'elle ne se reconnaissait pas, Lacey demanda une autre carafe au barman âgé qui lui jeta un regard pressé. Elle fut contrainte de se lever et d'aller la chercher et ce n'est qu'en revenant aux côtés de Destiny qu'elle fit semblant de rechigner sur le manque de services qu'offrait le bar. Passant une mèche de ses cheveux derrière ses oreilles, soudain oublieuse du sujet avec lequel elle souhaitait enchaîner la conversation, elle se remplit un verre d'eau, à côté duquel elle sortit plusieurs fioles. Lançant un regard désolé vers Destiny, elle attrapa une première fiole qui fit un bruit particulièrement ostentatoire en s'ouvrant.


      « Je suis tentée d'y foutre des médicaments moldus mais peut-être que réflexion faite, le mélange ne fera pas bon ménage. »


    Elle sourit d'un regard malsain de son jeu de mots et plaça le goulot de la potion contre ses lèvres, appréciant le contact tiède que produisit leur contact. Faisant glisser sa tête en arrière, elle fit glisser difficilement la mixture gluante qui avait un arrière-goût amer. Lorsqu'elle sentit qu'il n'en restait plus rien et qu'elle était enfin libérée périodiquement du calvaire, elle se calfeutra contre sa chaise et fit glisser de sa baguette par un sortilège informulé le verre d'eau encore plein.

      « Rogue et les aliénés de son genre passent leurs journées à se concentrer sur des immondices qui sont sensées avoir une incidence sur ton cœur et ton cerveau. Je préfère encore les comprimés moldus. »


    Puis, la main tremblante, elle attrapa le verre qui sembla vaciller en vol, en but quelques gorgées avant de lever les yeux vers son interlocuteur. Elle leva lentement la voix pour lui chuchoter d'une voix empruntée :

      « De toute façon, tu m'as promis qu'on mourrait ensemble. »


    Cela voulait probablement tout signifier.




    Don't listen to a word I say.– Hey !– The screams all sound the same.– You're gone, gone, gone away,I watched you disappear.All that's left is a ghost of you.– Now we're torn, torn, torn apart, there's nothing we can do,Just let me go, we'll meet again soon.– Now wait, wait, wait for me, please hang around– I'll see you when I fall asleep. ✖


L'ABSENTE.


Dernière édition par Lacey S. Wan Long le Ven 6 Aoû - 1:35, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « Toi tu rentres pas dans les bars t'es parti dans la fumée. » [Lacey]   Ven 9 Juil - 18:39
    Un sourire vient finalement se poser, s'installer paisiblement sur le visage neigeux de l'adolescent. Il observe la jeune fille passivement, se laisse bercer par ses paroles futiles, inutiles. Il n'arrive pas à savoir si elle en fait trop, si elle joue un rôle, il devine ses envies de rires, ses envies de jouer, alors que sa tristesse est peut-être aussi grande que la sienne. Mais ce n'est pas la même. La tristesse de Destiny est pathologique, éternelle, constante, celle de Lacey est due à un vide, à une perte, elle connait encore la cause de ce qui la pèse, de ce qui provoque ses pleurs, ce trou au fond de son cœur, au creux de ses organes. Destiny lui ne sait plus ; parfois le visage de sa mère lui apparaît, ses pleurs et ses rires, sa beauté éblouissante, celle à laquelle il veut ressembler, celle à laquelle il aspire, il pourrait lui dédier tous ses gestes, si ceux-ci avaient une quelconque importance, un sens existant. Mais il n'y a pas de sens, comme il n'y a pas de vie, comme il n'y a que du vide. Ce sont des vérités poignantes, mais malgré tout trop connues pour avoir un réel impact, caricature universelle, pathétique, sans importance. Il grignote un peu la paille entre ses dents, la mordille lentement, alors qu'il se demande en effet, ce qu'il peut bien faire là.
    « Une loque comme toi », c'est le plus beau compliment qu'elle puisse lui faire, cette jolie brune, dont il ne perçoit la beauté que parce qu'il essaye, que parce qu'il se force. Le problème de Lacey, c'est qu'elle a forme humaine.

    « On m'a kidnappé. », c'est la seule réponse qui lui vient, il la murmure, dans ses pensées, et puis il lève la tête vers elle, ses yeux hagards la cherche, alors qu'elle même est déjà repartie, dans des souvenirs, des pensées qui ne sont pas les siennes, mais qu'il aimerait connaître, partager, il aimerait tout savoir d'elle, il aimerait ressentir à travers elle, sa tristesse et sa joie, ce manque qu'elle étale, qui l'égare, qu'il partage. Mais encore une fois, ce n'est pas le même, encore une fois, ils sont tous deux séparés, deux êtres trop distincts, avec leurs souvenirs, leurs propres vies, cette glace qu'ils ne pourront jamais brisée se dresse, sournoise, entre eux deux. Mais de toute façon, elle ne doit pas disparaître, ils ne doivent pas la traverser, ça ferait trop de mal, d'être compris, ça ferait trop de mal, qu'elle ressente avec lui, ce vide qui le perd, qui le meurt. Tout ça ferait trop mal, ça comporte trop de risque, vivre est bien trop dangereux, mieux vaut rester ainsi, sur le côté, à siroter l'esprit ailleurs, un jus de fruit trop dilué, sans goût et sans pulpe, sans originalité aucune, à observer ces cicatrices rougies sur les poignets des autres, celles-là qui ne font que nous rappeler les nôtres. Quoique, pense t-il, ailleurs, les siennes sont plus profondes, plus brouillons, les siennes sont des tentatives, pour se vider de tout ce fluide corporelle inutile, agoniser alors qu'il s'échappe, qu'il recouvre le sol, qu'il repeigne le monde, en rouge, en pourpre, en sang.

    Elle explique, il l'écoute, amusé. L'angoisse s'est un peu envolée, elle s'est à nouveau tapie au creux de son ventre, au fond là, elle attend, calmement, impatiemment, une nouvelle occasion de l'occuper tout entier, de le bouffer un peu, d'occuper ce vide tentateur, les yeux trop noirs du jeune homme observent la jeune fille, son rire faux, sa joie traitresse, qui n'arrivent pas à cacher sa tristesse. De la voir lever son verre au ciel, s'il était un peu moins égoïste, s'il était un peu plus humain, ça le rendrait vraiment triste, Destiny. Mais il ne ressent pas grand chose, alors il reprend une gorgée du liquide qui occupe le verre devant lui, se pose des questions sur sa présence à l'infirmerie, se demande si cela vaut vraiment la peine, de la questionner, de lui demander la raison de sa présence dans cet endroit détestable, à l'odeur aseptisée, à l'apparence d'hôpital. Il abandonne cette idée, ça ne sert à rien, il ne connait que trop sa détresse, il n'a pas envie de l'entendre en parler, il va faire semblant lui aussi, mais il n'est pas aussi doué, il n'est pas comme elle, il a abandonné depuis plus longtemps le monde des humains, il ne sait plus jouer son rôle. Il lui lance un rictus blasé et lève son verre avec elle, pour l'accompagner, ce n'est pas de la politesse, c'est un geste de soutien incroyable, de sa part. C'est se fondre dans le quotidien et dans une pseudo amitié surfaite, surestimée, qui ne veut rien dire, de l'absurde, mais un absurde rassurant. Peut-être. Un peu. C'est stupide, cela ne veut rien dire.

    Il la regarde partir, passif et éteint. Il colle un peu mieux son genou, contre sa poitrine, pose même sa tête endormie dessus. C'est drôle comme lorsqu'il n'y a plus personne, comme lorsqu'il n'y a plus besoin de prétendre, le temps de quelques secondes le jeune homme a l'impression de sombrer dans une sorte de veille, de plonger dans un rien qui l'enlace, plein d'obscurité, où il ne fait ni chaud ni froid, où il n'y a qu'un vide qui crie, qui berce, silencieux et quelque peu rassurant, finalement. L'habitude de la tristesse tellement lourde qu'elle empêche de respirer, qu'elle pèse sur la poitrine au point de nous étouffer. Il regarde du coin de l'oeil sa silhouette qui se bat, se faufile entre des silhouettes agressives et disgracieuses, renfermé sur lui-même, arrivant à peine à la distinguer réellement, elle qui de loin ressemble à toutes les autres. Ces autres qui le regardent, il le sent, il le sait, il n'aime pas ça. Ils le jugent et le devinent. Destiny chasse ses idées de sa tête, essaye de tuer l'angoisse avant qu'elle ne grandisse, agacé, de son attitude, de ses regards apeurés. Lacey. Se concentrer. Il observe son corps qui bouge, qui vit, il se demande si le sien réagit ainsi, alors qu'elle se rassoit en face de lui, sa voix est douce mais quelque peu amère, désabusée, blagues de dépressifs pathétiques, ils n'y rient pas pleinement parce qu'ils ne savent pas le faire, ils se comprennent cependant, il n'y en a pas besoin, ils ne sont pas vivants, c'est ce qu'il aimerait croire. Ils ne sont pas vivants.

    « Non, j'mourrais avant toi, et tu n'as pas intérêt à me suivre. »


    Sans appel, sans retour possible, il répond à son murmure, il n'est pas dur, mais catégorique, sûr de lui. Il n'est pas crédible aussi, parce que deux jours auparavant, peut-être moins, peut-être plus, il lui aurait dit quelque chose comme « Je suis immortel », ou bien « On crèvera ensemble », et elle ne retient que ce qu'elle veut, que ce qu'elle aime.

    « Tu as pleins de gens avec qui mourir, Chérie, choisis en un dont la vie n'est pas si fragile »
    , il sourit, décroche sa tête angoissée de son promontoire pour accrocher ses lèvres à la paille joueuse, qui cherche à s'enfuir, il la rattrape de sa langue, difficilement, au bout de quelques essais, comme un enfant pas très habile, un peu maladroit, terriblement concentré cependant, il en aspire une gorgée, deux peut-être, avant de libérer l'objet de plastique pour parler à nouveau, il entrouvre sa bouche mais les mots restent bloqués, pendant quelques secondes, au niveau de sa gorge, ce n'est pas de l'angoisse, juste de l'incapacité physique, à parler, à interagir, à vivre, à communiquer, ce genre de choses qui lui semblent tellement étrangère, à ce qu'il est, au quotidien. Elle a pleins d'autres gens, pleins d'autres amis, tandis que lui. Cela ne sert à rien de finir cette phrase, qui n'est pas pleine de jalousie, sinon de tristesse un peu lourde, qui ne le touche plus réellement, pleinement, ça n'a pas d'importance, cette solitude. Celle là qui ne fera jamais couler de larmes sur ces joues creusées.

    Sa voix blanche contraste avec l'amusement que devrait susciter cette conversation qu'il n'arrive pas à prendre au sérieux. Son suicide sera solitaire, désespérément dramatique et théâtrale, un feu d'artifice de pathétisme, un étalement jouissif de son esprit malade, noueux, déglingué. Un peu de chaos enfin, qui s'échapperait de son être, tellement rangé, vu de l'extérieur. Si on oublie les trous de ses habits, la masse de cheveux désordonnée, le maquillage dégoulinant.
    Elle a les mains qui tremblent, à son image. Il les observe pendant quelques secondes, décide de revenir sur son jugement. Comme si c'était un honneur.

    « Quel serait l'intérêt ? Convaincs moi. »
    , il lâche, assis bien au fond de son siège, orgueilleux et supérieur, sourire de façade, parfaitement à sa place dans son rôle de dominant, mais indifférent, blasé, désabusé. Meubler le silence. La réponse n'aura pas d'importance. Il peut se vanter de bientôt disparaître, Lacey n'a pas un teint plus brillant que le sien, c'est dégueulasse. Ils ont la peau bleus, tous les deux. Ca fait alien. Haha.
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MessageSujet: Re: « Toi tu rentres pas dans les bars t'es parti dans la fumée. » [Lacey]   Aujourd'hui à 7:09
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« Toi tu rentres pas dans les bars t'es parti dans la fumée. » [Lacey]

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