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 « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé

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Constance Morel
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MessageSujet: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Ven 29 Jan - 20:23

She doesn't look, she doesn't see
Opens up for nobody
Figures out, she figures out
Narrow line, she can't decide
Everything short of suicide
Never hurts, nearly works

< little house - the fray >

    { si l'actuel joueur de Drago passe par ici : en vue de la situation actuelle et comme convenu, vu que j'ai commencé l'écriture de ce post avant ton arrivée sur le forum, j'ai eu idée que tous les évènements déroulés dans l'ancien topic avec l'ancienne joueuse seront condensés dans un rêve que Lacey a fait... (alors qu'elle pense que c'est la stricte réalité) Cela n'implique ton personnage en rien mais du coup Lacey se lance dans un gros quiproquo.
    D'autre part, je tiens à signaler que l'ouverture de ce topic est très étrange. Veuillez m'excuser (en particulier pour Carl T_T) pour cette entrée en la matière qui est plus que.. particulière. }


    « La solitude est le fond ultime de la condition humaine. L'homme est l'unique être qui se sente seul et qui cherche l'autre. »

    Lacey se rappelait assez clairement de ce livre lu lorsqu'elle n'était encore qu'une moldue parfaitement normale. Il avait pour nom le Labyrinthe de la Solitude. Il y avait longtemps que la l'individualisme et le Moi profond avaient vaincu l'esprit d'équipe religieux du début du siècle dernier. Ces regrettables habitudes de vie avaient aussi ravagé le monde sorcier, et certains s'y étaient laissé aller. Il devenait difficile de faire esprit d'équipe, malgré les belles paroles de Dumbledore, qui pensait que cette solution était la seule envisageable pour vaincre l'affliction et le vice. Penser unanimement était un exercice bien trop difficile, trop altruiste pour les adolescents qui ont été habitués à ne résonner qu'individuellement depuis tant de temps. Quand bien même les anciens s'évertuaient à quelque explication, leur philanthropie était plus que dépassée : il y avait, paraît-il, d'autres manières innovantes de se révéler.

    Ainsi, elle touchait à sa fin du bout des doigts. L'œil révulsé, la mine pâle, l'adolescente contemplait pensivement l'écart minuscule qu'il y avait entre l'alcôve où elle s'était enfoncée et la fenêtre qui révélait une nuit sans nuages, une de ces nuits où les étoiles miroitantes se faisaient discrètes et où tout le vide semblait se combler par le quart de Lune, imposant. Habituellement, ce vide et le calme qui en résultait apaisait l'individu qui s'y penchait, pensif ou agité. Mais la seule pensée rationnelle qui traversait la jeune épileptique en cet instant concernait Drago Malefoy. Elle se rappelait de la tension de cette soirée automnale, où il avait poussé leur antagonisme à son paroxysme, et où, fatalement, toute contrainte et tout faux-semblant s'évanouirent. Cet être s'introduisait dans sa vie naturellement, comme si cela lui était dû, et, au delà du contact physique incongru qu'ils avaient partagé, il n'y avait que cela qui la dérangeait. Surtout qu'elle était obligée de lui faire face plusieurs fois pendant la journée : ils étaient de la même année et partageaient les mêmes dortoirs. Elle avait parfois l'impression qu'il se permettait quelques sourires déplacés et lubriques. Elle ne pouvait s'empêcher de l'ignorer ou de répondre par les mêmes sourires, puisqu'elle avait ensuite le loisir de se délecter de sa surprise et de son étonnement.

    Elle commençait à apprécier les revers de la mesquine situation, et pour cause ; la jeune adolescente avait une étrange et déplacée impression de pouvoir qui paraissait redonner vie à chacun de ses mouvements, chacune de ses paroles, à ses regards noirs ocre détachés et hautains. On l'y aurait contrainte un jour ou l'autre de toute façon, impossible qu'elle puisse demeurer impunément fixée à ses choix. Quelqu'un aurait peut-être fini par être attirer par cette forme mouvante physiquement et mourante mentalement, et de toute façon, dans l'immédiat, elle pensait, donc elle n'était pas vraiment morte, non?

    Saisie d'une soudaine douleur sourde à la main gauche, elle fit patiemment claquer sa langue contre son palais asséché par sa maigre activité, vrillant ses yeux vers ses phalanges, qui étaient traversées d'un endormissement soudain. Plaçant sa main sur la lumière noire et stérile de la fenêtre, légèrement entrouverte, qui laissait échapper quelques brises impudentes d'un vent rêche et algide, elle infligea une secousse sèche à ses doigts dépouillés. Lacey crut vainement qu'il se passerait soudain quelque chose, que la crampe s'éloignerait de ses doigts fins et éméchés, ancêtres de ceux qui, en un temps relativement heureux, agissaient sur un piano à queue. Ses ongles n'avaient plus de forme précise, tantôt mordus nerveusement à ras-bord, tantôt découpés sans forme précise, dénués de cette blancheur idyllique accordée aux mains bien tenues.
    Elle les secoua vainement une seconde fois.

    Pour que le tiraillement s'éloigne totalement, il lui faudrait la secouer pendant longtemps encore. Mais qu'était attirant l'état d'hébétement dans lequel elle était plongée! Pourquoi devrait-elle bouger? Si elle pensait assez à ce à quoi elle était « occupée », la douleur finirait bien par rejoindre les maintes et vaines pensées emmagasinée depuis jadis.

    D'un sort vaguement chuchoté à la lueur du silence qui était le sien, elle referma la fenêtre, si seulement laisser la paroi recouvrir la nuit éclatante en annihilerait l'éclat. Elle cligna des yeux et retourna à la méditation sur sa citation moldue. Elle était seule. Seule. Seule. Sa condition avait été décidée en raison de la conjoncture. Si elle n'avait pas été seule, elle aurait probablement été capable de s'assurer à quelques efforts sporadiques. Elle aurait elle aussi bien aimé dire qu'elle était morte. Mais son corps et son esprit se démenaient de telle sorte qu'ils semblaient à eux seuls garantir une vie qu'elle ne voulait pas. À quoi bon attenter? Se suicider? La réciproque n'était pas exacte. Elle ne pouvait oser se demander pourquoi elle vivait. C'eût été disperser le peu d'équilibre qu'elle avait tenté d'instaurer dans sa vie en ces derniers mois.
    Il n'y avait aucun travail sur soi à faire puisque son « moi » propre était pourri, voire inexistant. Recoller de la poussière était stupide.

    Collant sa tête contre le mur froid, elle posa délicatement sa main sur le renflement de l'architecture, comme amorçant un mouvement de redressement. Elle passa sa langue contre ses dents, appréciant la délicate pureté qu'elles dégageaient. Détachés sans aucun soin sur ses épaules, ses cheveux d'un noir châtain demeuraient, immuables, presque sales tant ils étaient peu soignés. Ses yeux lâchèrent un regard sur la fenêtre, et elle sentit la caresse des pas sur le sol dallé et glacial du château endormi. Elle n'avait pas même un souvenir clair de la manière dont elle avait rejoint cet endroit, dont elle se souvenait pas comme déjà vu.

    Quelqu'un arrivait.
    Quelqu'un la verrait.
    Quelqu'un la réprimanderait.
    Quelle importance?
    Quelle importance?
    Quelle importance?

    Elle se leva pour de bon cette fois, alors que la crampe à sa main gauche persistait, vile, douloureuse. R'ouvrant la fenêtre d'un coup de baguette, elle s'y accouda, tandis que la lumière assassine de la Lune semblait presque lui transpercer la pupille. Le pas, non loin d'elle, s'était arrêté. Elle détourna subitement les yeux du spectacle astral, et fixa lentement l'individu avant de tourner le regard une nouvelle fois vers la comédie qu'elle s'improvisait, là, à l'instant.


      « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? »



No one expects
You to get up
All on your own with
No one around




    Don't listen to a word I say.– Hey !– The screams all sound the same.– You're gone, gone, gone away,I watched you disappear.All that's left is a ghost of you.– Now we're torn, torn, torn apart, there's nothing we can do,Just let me go, we'll meet again soon.– Now wait, wait, wait for me, please hang around– I'll see you when I fall asleep. ✖


L'ABSENTE.


Dernière édition par Lacey S. Wan Long le Lun 12 Juil - 18:20, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Jeu 11 Fév - 21:46

    Une journée normale qui se finissait, pas de perturbation, des cours intéressants, des devoirs longs mais qu'il fallait faire, un repas rapidement avalé et il fallait enchaîner sur la ronde. Ce soir, c'était l'aile droite, et seul. Dieu que le temps passait lentement quand la fonction devait être remplie sans aucune compagnie. Cela se limitait tout le temps à une balade dans les couloirs à la seule lumière des quelques faibles torches et de la lune passant au travers des fenêtres, luminosité qui n'avait même pas le mérite d'empêcher les habitants des tableaux de dormir. Eux, ils avaient de la chance. Pas de responsabilités ni d'obligations, des journées passées à débattre et à blaguer ainsi que du sommeil à revendre. Peut être que cette vie pouvait ne pas être palpitante pour certains, une forme atténuée d'oblomovisme, une véritable philosophie de vie en somme. Comme quoi, l'inactivité aussi peut être une forme de sagesse.

    Ce soir encore, Carl aurait à lutter contre l 'ennuie et la monotonie de sa tâche. Plus les semaines et les mois passaient, plus le préfet se lassait de sa condition. Au début, ça l'amusait beaucoup. C'était entre autres une façon de gagner en notoriété, que les gens aient une image plus positive de lui, mais l'effet escompté était tout autre. Certes son nom était connu par quelques uns maintenant, les Serdaigle surtout, mais sa nomination à ce poste avait surtout nourri son image de petit intellectuel se faisant aimer des professeurs. Il essayait de se persuader que le regard des autres n'était pas important et que c'était leur problème s'ils n'avaient pas la même volonté que lui de s'en sortir au niveau scolaire mais au fond, ça l'embêtait franchement. Mais Carl faisait avec, et il pouvait compter sur le soutien de plusieurs personnes exceptionnelles qui l'avait jusque là toujours vu de la même manière et qui continueraient longtemps à l'apprécier tel qu'il était. Une chance pour lui.

    Il marchait, depuis près d'une dizaine de longues et ennuyantes minutes déjà, et au détour d'un long couloir de cette vaste aile droite de l'école, il distingua une maigre silhouette, une personne d'apparence fébrile qui avait besoin de s'accouder à une fenêtre. D'abord, ladite silhouette ne sembla pas vouloir prêter une once d'attention à Carl, captivée par ce qui se passait en extérieur. L'immensité du ciel, la beauté des étoiles et du bleu de la nuit à peine tombée, c'était bien plus intéressant que le misérable jeune homme. Il fourra ses deux mains dans ses poches et adopta une démarche nonchalante, manquant de rapidité et de conviction dans le seul but de paraître décontracté et pas agacé par le fait qu'un élève traine encore.

    Plus le bleu et bronze approchait, plus il se doutait de l'identité exacte de la fille qui se trouvait devant lui. Puis elle le regarda, et là, toutes les suspicions du jeune homme se justifièrent et en effet, il était capable de nommer cette personne. Lacey Wan Long, Serpentard. Son cœur fit un bond, toutefois pas très grand, comme à chaque fois qu'il lui était donné de rencontrer Lacey dans des circonstances similaires. Non, en effet, ce n'était pas la première fois que le cas de figure se présentait, et étrangement, le jeune homme ne s'en plaignait pas. Il y avait une sorte de fascination, un magnétisme irrésistible qui s'exerçait sur lui, et il était tout bonnement incapable de dire le pourquoi du comment.

    Ce n'était pas tant de l'amour plutôt qu'un réel désir de réjouir, de faire le bonheur, d'amuser, de faire retrouver le sourire à la misérable Lacey. C'était une véritable mission pour lui, bien qu'il n'en avait pas totalement conscience, et c'est pour ça que les sévices n'arrivaient pas. Là encore, elle était mystérieuse et impétueuse. Elle prenait la situation à la légère. Elle ne le regardait même plus, ajoutant même un commentaire à faire frémir un mort. Cherchait-elle à le faire fuir ? A le faire se retourner se repartir vers là d'où il venait ? C'était peine perdue. Maintenant qu'il était là, pas question de se retirer. Carl s'était arrêté à un peu moins de deux mètres de la jeune femme

      « Lacey... »


    Il n'avait rien trouvé de plus intelligent à dire, du moins pour l'instant. Il se remémorait leur dernière conversation, dans un endroit étrangement similaire à celui là. Le contexte aussi était relativement identique. Le soir, le long couloir, la fenêtre. Un scénario familier en somme. Et les fois d'avant, c'était la même chose. Il avait promis qu'il ne laisserait pas passer une entorse au règlement à nouveau, mais là, il avait des doutes. Pour quoi passerait-il s'il ne tenait pas sa parole ? Après tout, elle ne devait pas en avoir grand chose à faire. Tout ce qu'elle semblait retenir de lui était son prénom, et ce parce qu'ils avaient tous les deux prit goût de différente façon à ces rencontres nocturnes, aussi froides et limitées soient-elles.

    Il s'agissait maintenant de prendre le monopole de la situation pour être plus convaincant possible. Paraître était le mot d'ordre, encore et toujours. Carl s'avança jusqu'à être à côté de Lacey, et imita sa posture, coude sur le rebords de la fenêtre et regardant au loin. Roulant des yeux après quelques courts instants immobile, il jeta un coup d'œil à la verte et argent afin de vérifier qu'elle ne bronchait pas. Constatant que rien ne se passait, il reposa son regard sur l'immensité de l'extérieur et brisa le silence, sans pour autant répondre à la question que Lacey avait posé il y a de cela plusieurs dizaines de secondes maintenant.

      « Tu me désespères. »


Dernière édition par Carl Bishop le Dim 28 Fév - 20:42, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Mar 23 Fév - 1:56
Could you let down your hair
And be transparent for a while
Just a little while
See if your human after all
Honesty is a hard attribute to find
When we all want to seem like we've got it all figured out
I may be the first to say that I don't have a clue
I don't have all the answers
And god I pretend like I do just
Trying to find my way

< trying - lifehouse >

    Dans le parc de Poudlard, un oiseau s'agrippa aux branches fatiguées d'un arbre non loin du saule cogneur. Ah, Carl était excessivement stupide. À pouvoir oser penser que tout se réglait avec quelques sourires, une étreinte fugace, et deux trois paroles réconfortantes.. Autant se mettre le doigt dans l'œil tout de suite. Son agitation et sa fatigue atteignirent leur comble, et elle n'eut qu'une seule envie : s'affaisser sur le marbre glacial de la balustrade. Ses yeux avaient encore la force de tenir quelques minutes ; s'il arrivait qu'elle fasse une crise devant lui? Aussi inconsciente qu'elle était, Lacey n'échappait jamais à cette pensée, certes effrayante, certes détestable, quasi macabre. Avec lui, tout avait été naturel. N'ayant jamais été douée pour toute conversation -ou semblant..- ils s'étaient abandonné à un long et paisible silence- cependant quelques fois interrompu par son cynisme naturel- où découvrir l'un l'autre était de mise.

    Se mordant l'intérieur de la bouche, Lacey s'obligea à arrêter les pensées trop douloureuses. Il fallait concéder que Carl était le seul qui avait l'étrange capacité de faire resurgir cette réminiscence qu'elle aurait tellement préféré oublier.. Peut-être voyait-elle quelque chose de similaire dans son visage? Peut-être était-ce sa solitude à moitié cachée par un sourire mélancolique- trop niais? Peut-être était-ce l'aura qu'il dégageait qui engendrait tout cela? Ou Carl.
    Tout seul.

    Son insolent sourire s'atténua soudain, oh, elle fut parfaitement consciente qu'avancer ainsi à tâtons n'arrangerait rien de bien important, même que cela aggraverait son cas ; mais que pouvait-elle faire d'autre? Partir. Le fuir, lui, fuir Malefoy, fuir la rousse, fuir tout ce qui était susceptible de la rapprocher de gens normaux, puisqu'elle était la seule anormale ici, et il était incompréhensible qu'un garçon tel que celui qui était près d'elle se permette de perdre son temps si stupidement. Elle n'usait pas d'une telle arrogance pour se garantir un semblant d'égo- non!- et s'il eut pu s'agir d'un quelconque amusement, c'aurait été plus honorable : Lacey n'avait aucune raison pour justifier son récent comportement. L'engouement avec Drago avait signifié le début de sa fin ; elle qui alors était si bien allongée sur son deuil, elle qui avait commencé à le chérir, à l'apprécier.. Elle avait ensuite remarqué l'existence d'une fille qui lui ressemblait bien trop pour son bien.

    Elle l'avait haïe autant qu'elle le pouvait. Parce qu'il finirait par y avoir un moment où ses barrières avec le monde se briseront, où le piètre réconfort qu'elle pourrait avoir se mouverait chez les autres. Lacey s'était meurtrie en s'enfonçant dans la dépendance, elle se savait également parfaitement capable de réitérer cette erreur ; en toute logique, elle ne cherchait donc pas à protéger une espèce d'indépendance. Elle n'avait jamais cessé de souffrir dès lors que le visage trop bienveillant du directeur lui avait ratifié la sinistre nouvelle : les paroles justes de Drago Malefoy passèrent une nouvelle fois dans son esprit, ou tout du moins à travers le souvenir brumeux, elle se souvint de l'impression que laissait l'expression de son visage : pathétique qu'elle était à se croire seule à souffrir! Une demie-seconde, elle ferma les yeux, se rendant compte qu'il était impossible qu'elle puisse mélanger autant de sujets à la fois, si elle ne voulait pas exploser devant lui, là, de suite.


      « Vivre c'est apprendre, et apprendre c'est souffrir. Pour oublier, il n'y a que mourir. »


    Lacey se rabroua en se rendant compte qu'elle avait pensé tout haut. Ces citations moldues la perdraient.. Elle reprit un peu plus confiance en elle, tourna la tête vers le Serdaigle et soutint son regard quelques instants. Plus elle le regardait, plus l'envie de sourire lui venait. Son palais la brûla. Elle tiqua mais continua, marmonnant à Carl, peut-être, ou à la nuit, belle, magnifique.

      « Donne-moi une bonne, une seule bonne raison qui me retient de ne pas sauter. »


    Son sourire s'élargit lorsqu'elle illustra ses paroles par une légère avancée en appuyant sa main sur le côté, doigts ancrés sur la partie intérieure de la fenêtre. Elle pencha la tête puis la ramena doucement en arrière, alors que ses cheveux se balançaient, impétueux. Le regard un peu fou qu'elle tourna vers Carl la fit rire. Ce rire n'était pas tellement effrayant, puisque toute la folie s'était concentrée dans ses yeux, ses yeux d'un noir flamboyant digne d'un ciel des plus éclatants. Elle s'arrêta.

      « Nous sommes différents, Carl Bishop. »


    Cette fois, elle se tourna complètement vers lui, ignorant par la même occasion la nuit noire dont il émanait tant de promesses, leva sa main gauche vers son visage, passant son index sur sa joue ambrée, hochant lentement la tête comme confirmer ses paroles. Lacey baissa sa main. Elle avait l'impression de porter dix ans d'âge sur ses épaules, en cet instant. Comme si lui en faire part changerait quelque chose, un poids se perdrait dans la nature pour aller se raccrocher à autrui.. N'importe quoi.

    Elle s'écarta de la fenêtre en vérifiant que sa baguette était toujours dans sa poche et s'adossa au mur le plus proche. La jeune femme était perturbée à l'idée de se savoir capable de faire.. de faire quelque chose devant quelqu'un. Personne ne lui avait dit de le toucher. Personne ne lui avait dit de s'amuser avec la balustrade. Personne ne lui avait rien dit et elle n'obéissait à aucune ligne de conduite. Il était difficile de s'avouer qu'elle était encore capable de faire des choses par elle-même. Ses yeux glissèrent au sol, sa tête se baissa légèrement et Lacey parut retrouver son attitude défunte habituelle qui la caractérisait tant. Elle ravala le peu de salive qui traînait dans sa bouche, ne prêtant plus attention à quiconque cette fois, presque comme si elle avait décidé que Carl avait disparu.

    La décision. C'était cette capacité à décider qui l'avait conduite à sa perte. Elle n'aurait jamais dû s'accepter en tant que sorcière, continuer à vivre l'enfer avec Min, s'insurger, mais éprouver une forte dépendance, tomber amoureuse, avoir envie de quelqu'un, non. C'était ce qu'avait provoqué sa venue à Poudlard. C'était ce qui faisait sa situation actuelle. Elle aurait tant préféré continuer à souffrir sans se poser de questions ..! S'enfoncer dans une existence fantomatique, apprivoiser la solitude et l'éloigner du trépas.. Elle cacha son visage entre ses mains, et ses yeux, ses yeux fixés sur le mur barricadé par ses doigts, ses yeux se plissèrent, comme sur le point de trahir une larme.


      « Je suis un cas désespéré, tu comprends. »






    Don't listen to a word I say.– Hey !– The screams all sound the same.– You're gone, gone, gone away,I watched you disappear.All that's left is a ghost of you.– Now we're torn, torn, torn apart, there's nothing we can do,Just let me go, we'll meet again soon.– Now wait, wait, wait for me, please hang around– I'll see you when I fall asleep. ✖


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MessageSujet: Re: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Dim 28 Fév - 20:40
    Le spectacle qu'offrait le parc du château la nuit était beau, agréable à l'oeil, mais au fil du temps il était devenu lassant. Il n'y avait rien de plus qui se passait chaque nuit depuis la première que Carl avait passé ici ; tout ça, c'était du déjà vu et revu. Un rapide passage de sa main droite dans ses cheveux et le jeune homme se détourna de la présumée attraction que se devait d'exercer la féérie extérieure pour s'installer de telle sorte que la fenêtre se trouve dans son dos. Le petit muret était inconfortable, mais il n'y faisait guère attention. Carl croisa les bras, et laissa le silence faire son oeuvre. C'était pesant, et son esprit était quand même en ébullition. Il arrive rapidement à la conclusion que la désinvolture dont il faisait preuve vis à vis du spectacle du parc était du à l'aura que dégageait Lacey, le manque de considération des choses alentours dont elle pouvait faire preuve à chaque fois.

    La seconde conclusion fut que Carl ne remplissait pas encore très bien son rôle. Si c'était la jeune femme qui déteignait sur lui, le préfet était témoin de son propre échec plus rapidement qu'il n'aurait jamais voulu l'imaginer. Toujours les bras entremêlés, il tourna brusquement la tête en direction de Lacey comme il l'avait fait quelques instants auparavant. Par un geste si soudain, Carl ne savait pas lui même ce qu'il attendait ; sûrement était-ce pour capter une émotion ou autre réaction sans qu'elle ne s'y attende, mais au final, la vanité de l'action donnait une bonne raison pour le garçon d'être risible, déjà que la considération de la verte et argent à son égard n'était pas ce qu'il y a de plus haut. Ce sentiment de non-estime engendrait forcément une forme de non-respect, mais Carl saurait être patient et prendre sur lui jusqu'au bout, même s'il en démontrait là tous les signes inverses.

    Puis il l'écouta briser le mutisme qui avait élu domicile entre les deux jeunes gens. Encore une fois, cela n'eut pour effet que de lasser (aha) Carl encore un peu plus. Il était vanné de ces grands discours, de la philosophie de vie, de cet état de spleen profond et cette neurasthénie constante. Peut être se donnait-elle un genre. Peut être était-ce pour elle un moyen d'attirer l'attention. L'image de cette jeune femme qu'avaient les autres habitants du château était celle d'une fille misérable qu'il valait mieux éviter pour éviter de s'embarquer dans quelque chose de pas net. Oui, Carl avait eu vent de ses crises d'épilepsie, ce n'était pas tant qu'il en était effrayé, bien qu'il ne savait absolument pas comment réagir et quoi faire au cas où cela surviendrait.

    Là encore, la mort était au centre de la conversation qu'avait engagé Lacey. Encore une belle éloquence, une belle citation témoignant d'un cruel manque d'allégresse. Aux grands maux les grands remèdes, Carl était plutôt doué dans l'exercice qui consistait à lui tenir tête, d'autant plus si c'était dans le domaine des citations. Il avait un répertoire assez étoffé à la vue de ses maintes et maintes lectures consciencieuses d'auteurs tous plus philosophes les uns que les autres. Le sujet de l'apprentissage de la vie et de sa finalité avait été de très nombreuses fois évoqué dans la littérature, ce n'était pas les ressources qui manquaient. L'exactitude de la citation pouvait manquer au jeune homme, mais une fois remaniée à sa manière, cela donnait tout de même quelque chose de plausible. Un ton exaspéré eu raison de lui.


      « Avant tout, vivre c'est ne pas se résigner. »


    Bien que le bleu et bronze souhaitait se le cacher, c'était bel et bien Lacey qui avait le monopole de la situation. Il n'était pas le mâle dominant. Pour preuve, soutenir le regard voilé des yeux sombres de la jeune fille, mise en évidence par son teint blafard constituait une épreuve difficilement buvable. En fait, Carl craignait ce que pouvait être une de ses possibles réactions instinctives, une attirance qui dépasserait le cadre moral, se laisser aller à l'hédonisme. Il s'agaçait, Lacey l'agaçait. Il se rendait compte que tout ce qu'il disait était infructueux, que ce n'était pas demain la veille qu'un quelconque changement s'opérerait chez elle. Une névrose bien trop ancrée, bien trop présente que des rires seuls n'atténueraient pas de si tôt.

    Elle voulait sauter. A présent, le jeune homme était tiraillé entre plusieurs issues. Soit il l'étranglait de ses propres mains ce qui réglerait une bonne foi pour toutes le problème de la mission absurde qu'il s'était de lui même inconsciemment institué, totalement au dépend de son plein gré. La seconde était de la laisser sauter d'elle même, bien qu'il la croyait au fond incapable d'un tel geste. Carl pouvait aussi partir, la laisser moisir seule, l'abandonner à son sort, aussi maussade et funèbre soit-il, et du même coup peut être se rendrait-elle compte que le monde n'est pas formé uniquement de monstres et que la patience et le réconfort que certains tentent d'apporter constituent des valeurs rares, à ne laisser filer pour rien au monde. Carl tentait de jouer au plus fin.


      « Rien ne t'en empêche. Si tu avais vraiment voulu ça, tu n'aurais pas attendu que j'arrive. »


    Elle rit. Carl ne savait pas bien comment interpréter la chose. Il la regardait toujours, et haussa les sourcils. C'était à peine distinguable puisque ceux ci se perdaient dans l'ombre de sa mèche de cheveux très adolescente mais dont il ne comptait pas se séparer. A présent, il la regardait presque avec dédain. Pour un peu, il lui aurait tourné le dos, si elle n'avait pas déposé son index sur la joue du garçon. C'était froid, et le coeur de Carl fit un bond soudain. Qu'est ce qu'elle voulait prouver par là ? Quel était le but de la manoeuvre ? Il n'était pas bien sûr du pourquoi du comment. Il ne savait pas comment interpréter. Ça, accompagné de son commentaire qui avait précédé, c'était sûrement un moyen de dire que jamais ils ne pourraient jamais être plus proches qu'ils ne l'étaient en cet instant. Carl ne broncha pas. C'était agréable, mais légèrement déplacé. Il ferma brièvement les yeux et soupira doucement une parole bien trop vague pour une quelconque réponse.

      « Sûrement moins que tu ne crois. »


    Il finit tout de même par se dégager de l'emprise de Lacey, de peur qu'ils se fassent surprendre. En ces temps, le moindre geste suspect était mal interprété, et pour rien au monde Carl ne voulait qu'on s'imagine des choses malsaines pour lui et ce qu'il construisait avec Effy. Bras ballants, l'air ingénu, il regarda la verte et argent s'éloigner de la fenêtre. Par contre, elle, elle ne le regardait plus. Il ne devenait plus très intéressant, et elle était un cas désespéré comme elle le disait si bien. Peut être était-il de trop. La meilleure chose à faire était sûrement de partir, maintenant. Au moins, Carl n'aurait plus cette sensation d'être l'éternel incommodant.

      « Tu sous entends que je devrais m'en aller et ne pas perdre mon temps ? »
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MessageSujet: Re: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Ven 9 Avr - 23:52
Mine is not a new story
Mine is not a new story
Mine is nothing new
But it is for me


      « Je suis un trop grand défi à relever pour toi. »


    Il lui avait suffit d'un simple et seul regard pour comprendre qui était Carl Bishop. Il a presque un air transparent, toujours là, un peu effrayé par un on ne savait quoi, une froideur effarante, une peur d'aimer, un besoin de réussir, toujours, d'avoir ce petit nœud de satisfaction dans le ventre à se voir félicité et il développe une certaine tranquillité de vie, il sait si bien aimer, il sait si bien apprendre ce qu'on lui enseigne, il continue à avoir peur, comme ça, peut-être parce qu'il le faut, peut-être parce qu'il reste en lui ces faiblesses qui le laisse imparfait, ces faiblesses encombrantes qui lacèrent l'œil noir de Lacey.

      « C'est tout, je n'ai rien à voir là-dedans. »


    Elle suintait la complaisance : que cherchait-elle à fuir en l'attaquant de cette manière? Marquait-elle son territoire? Se construisait-elle une espèce de fausse légitimité? Et ce regard, qui monte sur le mur poussiéreux, qui en analyse les creux et les anomalies, ce regard n'est-il pas faussé lui aussi? Prétend t-elle être elle-même, cette loque qui ose croiser les yeux d'un autre et lui dire « tu vas mal » d'un air hautain et accusateur? Elle lève les yeux au plafond, à cette surface archaïque qui l'a sauvée et la sauvera encore lors des prochaines minutes. Il y avait quelque chose de particulièrement fastidieux à regarder Carl dans les yeux : certes, beau, il l'était, mais cette innocence quasi-constante et affectée était importune. Qu'était-il opportun que les deux adolescents fassent? Continuer à se lancer des piques, l'air de rien? Déterminer qui sera le plus subtil dans leur ingénieux simulacre? Continuer à démanteler chaque défaut et chaque trait de caractère du garçon, de telle sorte qu'elle puisse en sortir avec une impression de supériorité chimérique? Luxine n'avait pas à mourir. Cela lui était interdit. Oh, bien sûr, rien n'avait été arrangé dans les normes : Lacey exsudait l'éréthisme, ils n'existaient plus que l'un dans l'autre. Un tel emportement physique était paradoxal. Déplacé. Malheureux.

    Prétendre ne rien vouloir, prétendre ne rien savoir, prétendre ne pas exister, prétendre toujours aimer.

    Elle regarde ses ongles écorchés puis relève les yeux vers Carl.

    Il est trop parfait en son impeccable habit de préfet, sa cravate bien rangée et son air peiné et bienséant. Elle éprouve le besoin de briser le masque, d'effacer l'apparat, peut-être qu'il l'énerve avec ses éternels calculs, ses amènes attentions. Il l'énerve à vouloir s'occuper d'elle, mais pourtant, elle est là, bien gentille, l'œil vague, à peine consciente de ce qui leur arrive, de ce qui lui arrive, ne se demandant pas si elle faisait une erreur, s'ils faisaient une erreur, ainsi, ensemble, à se parler de choses dont ils ne savent pas vraiment l'impact et l'importance. Elle ne croit plus en rien, ne sait plus pourquoi elle ne prend pas la première occasion afin de faire le grand saut. Lacey ne croit pas à la communion des âmes dans un éventuel au delà. Elle décide de s'offrir à la mort parce qu'elle est fatiguée. Terriblement fatiguée. Pas parce qu'un double de Luxine l'attendrait quelque part. Elle ne veut pas que quelqu'un l'attende quelque part. Elle n'est pas censée vivre, cette place dans l'existence, elle n'est pas méritée par Luxine mais par sa mère, sa mère qu'elle appelle ainsi par simple évocation, cette mère, cette femme qui l'a mise au monde et qu'elle ne connaît pas. Cette possibilité de respirer, ces capacités à se mouvoir, elles lui reviennent de droit. Le regard insistant de Carl le lui rappelle avec délectation.


      « Ce n'est pas ma peine qui te torture, Carl, mais ton impuissance, si rare, si sporadique, si difficile à supporter. Tu n'aimes pas te savoir désarmé, et- ah!- regarde-toi perdre toute ce courage, toute cette assurance qui étaient maîtres de ta personne il y a encore quelques minutes. »


    Sa petite voix est mélodieuse, elle semble soudain s'animer, reprendre vie : elle attrapait sa baguette dans sa poche tout en s'avançant de nouveau vers Carl. Plus d'orgueil aucun, plus de dédain, plus de mépris factice. Les humains sont les seuls à être égaux dans leurs retranchements. Elle s'avance vers lui, pose sa main sur son épaule, le fait avancer vers le mur en face de la fenêtre. Pendant dix secondes, elle semble réfléchir à ce qu'elle va faire, les bras ballants, mais soudain, d'un impétueux mouvement de baguette, un miroir apparaît. Elle force l'épaule de Carl, tout en rapprochant son visage. Elle ignore si lui aussi regarde la surface de verre, continue de s'approcher jusqu'à ce que cinq centimètres de vide la sépare de leur écho. Lacey tente de déceler une lueur, n'importe quoi dans son regard qui puisse montrer qu'une once de vie circule dans son organisme. Elle paraît anesthésiée, morte. Avant, son regard était aussi glacial que le vent qui circule dans une nuit d'hiver. Elle fermait souvent les yeux, espérant trouver quelque chose qui puisse lui prouver qu'elle n'était pas de ce monde. Elle a arrêté ce jeu idiot depuis. Elle se racle la gorge, se sourit. Tourne le visage vers celui de Carl, puis murmure :

      « Regarde, regarde ton air désarmé, ton visage stérile que tu dissimules par ton expression anodine. Tu crois pouvoir tromper le monde, Carl. »


    Cette scène avait un étrange goût de déjà-vu. Une bibliothèque, il y a quelques mois. Une nuit d'hiver. Un regard gris, glacial, une chevelure blonde.

      « Je t'ai vu. Nous sommes des imposteurs, nous trompons notre monde. Bientôt, je me suiciderai, et toi tu continueras à entretenir joyeusement ta peur constante de l'échec. Lord Voldemort tentera de confronter deux mondes, certains s'en sortiront indemnes. Tu te marieras. Penseras qu'ainsi va le monde, qu'ainsi va la vie parce que c'est de cette manière que l'on te l'a appris. »


    Elle respire. Se reprend. Ne le regarde pas.

      « On ne m'a jamais dit de sourire. D'attraper l'épaule de quelqu'un et de le consoler. De rassurer celui qui a peur, de sécher les larmes de celui qui pleure, d'acculer celui qui souffre. Je n'ai pas de mère, un père moldu et proxénète, très religieux qui m'a fiancé à un intègre chinois de mon âge dont le père est un ami proche. On ne m'a jamais appris à remercier quelqu'un, ou quelque bienséance que ce soit. J'avais une espèce de gouvernante qui m'a suivie jusque mes onze ans, qui m'a appris à me maquiller- elle montre ses yeux et ses lèvres de son annulaire gauche- et à ouvrir les jambes. Je n'ai pas été violée. Il est gentil, Min. Je crois que je vais exaucer les souhaits de mon père et me joindre à lui à la sortie de Poudlard. Si non, je prépare mon suicide, dans une bonne et due forme. Je ne dois rien à personne et personne ne me doit rien. Sauf Luxine, peut-être, qui me doit sa mort. Il n'avait pas le droit de mourir. Et le suivre serait insensé. Je ne crois pas à la communion des âmes. »


    Elle ne s'est pas arrêté de parler, sa voix déraille, pousse dans les aigus, ses yeux se remplissent de larmes et le maquillage coule. Elle pose le plat de sa main sur son nez, renifle une fois, deux fois, puis frôle son reflet du bout des doigts, reprend d'une voix hachée :

      « Tu ne peux pas réparer un objet vide. Je ne me connais pas. Sans Luxine, sans cette entité que je me dois d'appeler famille parce qu'il en est ainsi, je ne suis personne. Tu n'y changeras rien. »


    Lacey renifle pendant plusieurs minutes, s'essuie les yeux, respire de manière irrégulière, convulse légèrement puis s'écarte de Carl. Elle fait disparaître le miroir et finit par se calmer lentement mais sûrement. Elle passe un doigt sur les poches de chacun de ses yeux : ils sont noirs des traces de mascara.

      « Alors s'il-te-plaît, Carl... Ne te torture plus l'esprit avec ça et.. et... »


    Et barre-toi d'ici. Maintenant.


So I was dead wrong all along
You said it for my sake
I don't, would not, lose my way...
When I was dead wrong all along
You said it for my sake
That I would not lose my way
Did I really lose my way?
Or are you afraid?

< dead wrong – the fray >




    Don't listen to a word I say.– Hey !– The screams all sound the same.– You're gone, gone, gone away,I watched you disappear.All that's left is a ghost of you.– Now we're torn, torn, torn apart, there's nothing we can do,Just let me go, we'll meet again soon.– Now wait, wait, wait for me, please hang around– I'll see you when I fall asleep. ✖


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MessageSujet: Re: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Ven 16 Avr - 13:18
    Avec elle, les réponses étaient franches et directes, on ne pouvait pas le lui reprocher. Elle semblait avoir une bien basse opinion à propos du jeune homme, et un très haute de sa propre personne. Elle le croyait incapable de prendre le dessus et l'empêcher de faire une erreur, ou bien elle se retranchait et accentuait sa détresse en la mettant sur le compte de sa persévérance à vouloir lui apporter du bien. Dans tous les cas, c'était idiot. Carl s'en croyait capable, et pensait que pour venir à bout de sa névrose, il fallait passer par le stade de l'agacement du sujet. Cependant, le fait était que Lacey mettait le doigt en plein dans le vif du problème. De toute évidence, elle comprenait même mieux que le préfet lui même que cet entretien et tous ceux qu'ils avaient pu avoir auparavant constituait pour lui une sorte de défi, celui qui consisterait à la faire changer. C'était presque inconscient chez Carl. Il ne se posait jamais la question, mais là les rôles s'inversaient. C'était elle qui finissait par lui faire ouvrir les yeux alors que dans la tête du garçon, ce devait être l'inverse.

    Il n'aimait pas être aussi facilement cerné. Cela lui donnait une impression d'être condamné, oppressé, comme à découvert. C'était pire que ça ; il se sentait nu, totalement désarmé. C'en était gênant. Pour un peu, il se serait retourné et aurait marché droit devant, fuyant la situation et perçant à jour les limites de sa patience et son acharnement. Pourquoi était-elle si compliquée, et terriblement logique en même temps ? La question se retournait dans tous les sens dans la tête de Carl, sans arrêt. C'était presque devenu un objet de torture, comme une scie faisant constamment des vas et viens dans son crâne. Il ne voulait pas perdre la face. Concrètement, l'échange lui donna une migraine passagère. Ce qu'il ne voulait pas montrer était difficilement dissimulable face à quelqu'un comme ça. Pour cacher sa difficulté, il se mentait à lui même. Sa voix intérieur se répétait que Lacey avait tort, qu'il ne pouvait pas échouer, et sa mauvaise foi fit que Carl finit par y croire.

      « Non... Tu mens. Ce n'est pas toi qui pourrait me faire un effet pareil. »


    Il en était ridicule. Au fond, tous les deux savaient que la jeune femme avait raison. Elle aurait pu être psychanalyste que personne n'aurait vu la différence. Elle semblait être doté d'un esprit tellement clair que c'en était effrayant. En un claquement de doigt, elle pourrait distinguer les bas-fonds de la personnalité de chaque personnes alentours. Carl avait encore et toujours les bras balants, comme déconnectés du reste de son corps, mais maintenant ils tremblaient un peu. Le jeune homme tentait diverses solutions pour les faire se stopper ; il serrait les poings, mettait les mains dans ses poches. Rien n'y changeait. De toute façon, elle était trop occupée pour le remarquer. Quand elle sortit sa baguette, la curiosité de Carl fut éveillée. Optimiste, il s'imaginait qu'elle ne lui aurait pas lancé de sort. Il avait raison, elle se contenta de faire apparaître un miroir, quoi de plus normal et logique.

    C'est lorsqu'elle posa sa main sur l'épaule de Carl, serrant doucement, que celui ci manqua de sursauter. Ses pulsations s'accélérèrent, et il sentait le bout de ses propres doigts qui frétillait. Il craignait également qu'elle ne juge la texture fébrile et osseuse de son épaule. Quand elle s'approcha de la surface réfléchissante, le bleu et bronze ne savait pas bien quoi faire. Il croisa les bras, toujours avec ces petits spasmes assez dérangeants. Pour un peu, il lui aurait demandé ce qu'elle faisait, mais ça aurait été briser la concentration dont elle faisait preuve. Carl n'avait toujours pas contemplé son propre reflet, il ne voulait pas s'observer aux côtés de Lacey. Quand elle eut terminé de se regarder, elle lui ordonna de se voir. Instinctivement, docilement, sans opposer une quelconque résistance, le jeune homme jeta un bref coup d'œil sur la glace. Elle se permettait d'affirmer qu'il était désarmé. Jamais il n'avait été moins sûr de lui que maintenant.

      « Tu n'en sais rien. Tu ne me connais pas, dans le fond. »


    Ses réponses frisaient l'idiotie, et tendaient plus à justifier les dires de Lacey qu'autre chose. Elle enchaîna directement avec sa vision de l'avenir, et Carl remarqua qu'elle n'avait pas grande ambition pour ce qui était du futur. Il se sentait vexé ; elle le considérait comme un mouton suivant le troupeau et faisant les choses comme les autres pour respecter les traditions. Il nota avec effroi qu'elle avait utilisé le nom de Lord Voldemort sans émotion. Comme il se sentait attaqué, le Serdaigle n'eut d'autre choix que de répliquer, la coupant dans son élan alors qu'elle entrouvrait la bouche dans l'espoir de continuer son soliloque dont, dans le fond, il n'avait pas grand chose à faire.

      « Je suis assez intelligent pour m'émanciper de ce qu'on m'a appris si je juge que c'est nécessaire. »


    Encore de la présomption. Encore une fois, il n'en était même pas sûr. Puis elle se livra sans peine et repris méthodiquement plusieurs des points de sa vie, qui toutefois éclairaient pas mal la situation et les pensées de Carl. Famille, mariage, mort. Au final, elle dépeignait sa propre vie lorsqu'elle accusait le préfet de suivre un cycle redondant parce qu'on lui avait appris comme ça. Lorsqu'elle le mentionna, Carl s'imagina la jeune femme jambes ouvertes ; c'était un homme, on ne pouvait pas lui en vouloir. Pour ce qui était de Luxine, il semblait être au centre de ses préoccupations. C'était gênant, ça aussi. Carl n'avait pas le pouvoir de ramener les morts à la vie, et pour la première fois, il reconnut son impuissance. Si le problème venait de là, de cette mort et la séparation de leurs deux âmes, il n'y pouvait tout bonnement rien. Le préfet ouvrait enfin les yeux. Il aurait été largement plus simple qu'elle mentionne ça de cette façon dès le début, qu'il ne perde pas son temps.

      « Désolé. Je ne suis pas Luxine, donc je n'y peux rien. »


    Il avait dit ça comme un robot, ou comme un jeune enfant récitant sa poésie qu'il avait passé la soirée à apprendre par cœur, une fois rentré de l'école. Il avait plissé les yeux et incliné légèrement la tête, comme pour distinguer autre chose que des larmes dans le regard de Lacey. C'était très vide. Il ne prit même pas la peine de remarquer qu'elle entamait un début de convulsion. Elle ne finit pas sa phrase que Carl avait compris. Il lui était inutile ou plutôt son soutien lui était inutile.

      « J'ai compris va, t'inquiète pas. »


    Il se tourna, et reprit sa marche dans le couloir. Après tout, il n'était pas là pour tailler une bavette.
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Constance Morel
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MessageSujet: Re: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Lun 19 Avr - 2:05
Supernatural patience
Graces his face
And his voice never raises
It's all because of a love
Never let go of
Never let go of

< Supernatural - Flyleaf >

    Plus le temps s'écoulait, plus Lacey réalisait combien elle déversait son amertume en Carl. Toutes ses peines, par le biais de factices artifices, lui étaient jetées en plein visage, naturellement, sans complexe aucun, presque consciencieusement. Elle était de ces femmes qui étaient contraintes à vivre mille et un malheurs sans jamais s'échiner. Rappeler aux autres, à ces humains bienheureux que sa réalité les rattraperait sans plus attendre constituait sa plus grande mission. Plus que la rancœur, c'était l'amour, l'amour le plus douloureux, le souvenir acariâtre d'une passion dévastatrice qui la rongeait. Carl n'était pas dénué de bonnes intentions, et c'était avec violence et animosité qu'elle avait choisi de le reléguer. Elle frotta ses joues avec une violence non-contenue, et ses yeux se baissèrent au sol. Il n'y avait aucune raison à ce qu'elle se sente coupable de ce qu'elle venait de faire. Elle ne prônait la victoire d'aucun courant, le mal était proscrit, le bien jeté avec dégoût. Certes maladroitement, elle pouvait se féliciter d'avoir dit franchement tout ce qu'elle pensait de son attitude. Mais rien ne justifiait ce soudain besoin effrayant de s'expliquer, de se disculper, surtout à un individu comme Carl, avec quoi rien ne la rapprochait. Elle rapprocha sa main du mur en posant la paume, comme soudain incapable de tenir sa personne. La pensée qu'elle puisse encore être proche de quelqu'un ici ou à Londres était dérisoire. Depuis Tiziana, elle avait compris ce que pouvait signifier effiler une amitié ; elle avait dès lors placé ce terme très loin d'elle. Avec Carl, c'était une espèce de semi-entente qu'elle venait de briser. Était-ce un espèce de regret qu'elle commençait à éprouver? Franchement stupide. Elle aventura le bout de ses doigts sur ses tempes, qu'elle griffa légèrement. Sa main contre le mur se contracta douloureusement et ses doigts tanguèrent frugalement, sa gorge se serra. Elle ne disposait pas de lui comme elle le souhaitait, ne pouvait le conjurer de s'en aller pour ensuite revendiquer qu'il reste avec elle. Elle balança un de ses pieds en avant, recula l'autre.

    Incroyable ascendant que Carl avait sur Lacey ! Cela se résumait pourtant à une maigre et timide sollicitude, provoquée par un franc et puissant besoin de sentir que la perfection émotionnelle régnait en son entourage. Rien qui soit récriminant, en soi. Elle n'avait jamais demandé à ce qu'il fasse pieds et mains pour tenter de la sauver de l'énorme monstre qui l'appelait et la menaçait, du nom de dépression. Il était dépassé qu'elle ose lui demander ses raisons, en cet instant. Invoquer des paroles agressives tout en le priant de partir paraissait plus naturel. Elle parvenait donc à conserver un semblant de logique, rien n'était perdu. Quelques minutes plus tôt, elle se serait vantée de cette compétence, actuellement, elle aurait juste voulu jamais avoir dit quoi que ce soit, que ce concerne sur son hypothétique futur, Luxine, ou son père. Elle n'avait pas menti quand elle avait parlé de la magnifique nuitée, de ces époustouflantes étoiles qui brillaient, indépendantes dans la traînée noire.


      « Je sais qui tu es. »


    Un sentiment l'avait soudain atteinte : elle affichait une lassitude incroyable, vicieuse et déroutante, alors qu'elle se serait offusquée de paroles aussi bénignes en temps normal. Luxine, prénom prononcé par la bouche de Carl, récupérait toute son authenticité et tout son personnage, celui d'un homme froid, asocial et désintéressé. Il cessait d'être celui pour qui elle mourait de désir, Celui pour qui elle avait plaisir à se donner corps et âme. Il ne vivait plus par son intermédiaire, avait jadis eu un statut, des illusions et de la rancœur. Une mère qui avait gâché la plus grande partie de sa vie. Un père inexistant. Lacey avait tenté de compenser tous ses manques en s'offrant à lui sans compter. C'était ces souvenirs, ces sensations sur son corps qui semblaient marquées au fer blanc qui la brûlaient. Du reste, ces promesses qu'ils s'étaient murmurés entre deux baisers, demeuraient, intacts, reprenant vie à mesure que sa présence passée se concrétisait. Elle pensait, pensait sans s'interrompre, se rendait compte qu'elle n'avait jamais eu désir de le voir revenir à la vie. Certes, elle avait remis en cause sa mort, ce qui était aussi stupide, mais moins téméraire. Dès qu'elle avait pris conscience de la réalité de son trépas, elle avait observé tout ce qui lui était arrivé depuis ses onze ans avec un détachement effrayant. Combien de temps encore lui fallait-il pour tout analyser au détail, soupirer de contentement à la sensation imaginaire de ses bras autour de son cou, de ses mains sur son corps?

    Par sa prononciation claire et veloutée, sans le savoir, Carl venait de remettre un ordre considérable et pointilleux dans l'esprit de Lacey. Son œil s'était éclairci, elle avait conscience avec plus de pointillisme du monde qui l'entourait, tout devenait plus net. C'était une sensation déroutante, quasi désagréable.


      « Je sais également que je n'aurais pas dû me permettre ce que je t'ai dit. Mais sache que je suis parfaitement sûre de ce que je dis, en tout cas te concernant. »


    Elle parut vaciller. Sa main tint plus fermement le mur de marbre, son cœur battait à ne plus en pouvoir. Elle respira grandement. Rien de grave, rien de grave. Le pathétique frappait encore à sa porte. Rien qui ne brise l'habitude. Elle leva les yeux au ciel, prenant une énième inspiration. Aimerait ne plus penser à rien qui soit. Pensa aux drogues, à Min. Contracta les poings.

      « Désolée.. Je.. Impossible que je puisse t'accorder quelque confiance que ce soit, Carl. »


    Contrairement à celui qui lui faisait face et à ses semblables, elle n'avait que faire des racontars et des « on », de ce que pourrait penser la basse bouche : du temps où elle y accordait un vague intérêt, rien n'allait contre sa personne, ou ce qu'ils aimaient appeler leur « réputation ». Luxine n'était plus présent, elle n'avait plus rien. Le Prince qui viendrait lui dire que malgré tout, rien n'était perdu n'existait pas. Elle n'avait pas de famille normale à qui conter ses malheurs. Pas de mère compréhensive et sévère qui la consolerait. L'ironie faisait qu'elle avait subi le même sort que lui. Si elle était morte en premier, que Luxine s'était décidé à y passer en deuxième, il ne pouvait s'agir que de son tour, désormais. Elle s'était confiée à Carl, et, malgré son incroyable réserve de scrupules, savait qu'elle ne pouvait se permettre de le faire maintenant.

    Elle avait encore.. des choses à faire. En savoir un peu plus sur cette mort nébuleuse. Prévenir Mme Cowerlace. Peut-être lui dire qu'elle la comprenait. Que lui aussi, elle avait aimé son fils. Moins ingratement qu'elle, qui préférait s'adonner à des pratiques moins conventionnelles plutôt que de s'occuper de son mignon petit garçon qu'elle avait jadis confié à une espèce de nourrice dont il était tombé amoureux le temps de trouver sa merveilleuse mère, pour qui il avait éprouvé une passion incestueuse des plus profondes.


      « Je reste persuadée que le temps me changera. »


    Sa pique impliquait qu'elle avait encore un espoir fou concernant une discutable survie. Une improbable remise sur le marché. Une vaine assurance d'amélioration. Luxine était mort. Mort, et rien ne le ramènerait près d'elle. Son regard s'écarquilla. Peut-être n'avait-il pas de sépulture. Peut-être que son corps moisissait depuis longtemps. Peut-être avait-il perdu un membre, un œil, quelque chose. N'importe quoi. Elle n'en trembla que plus fort.


    • « J'ai de tou..te f-a..fa..façon en-enco..re des choses à-à... f..ai-re. »




    Don't listen to a word I say.– Hey !– The screams all sound the same.– You're gone, gone, gone away,I watched you disappear.All that's left is a ghost of you.– Now we're torn, torn, torn apart, there's nothing we can do,Just let me go, we'll meet again soon.– Now wait, wait, wait for me, please hang around– I'll see you when I fall asleep. ✖


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MessageSujet: Re: « C'est une belle soirée pour mourir, tu ne trouves pas, Carl? » { terminé   Lun 19 Avr - 21:18
    Il ne voulait sans doutes pas l'avouer, et encore moins se l'avouer à lui même, mais Carl était vexé. À vrai dire, il était déçu de voir que ses capacités de réconfort avait leur pesant de limite, et cela lui restait au travers de la gorge, incapable de passer correctement sans provoquer le gonflement de sa pomme d'Adam, plus saillante que jamais. Cela s'était senti dans sa dernière remarque ; il n'avait guère plus envie de faire d'efforts de courtoisie et de bonne volonté quand au final il se faisait jeter vulgairement pour le simple fait d'avoir voulu servir à quelque chose, une fois dans sa vie. Cet échec personnel le mettait dans tous ses états, et il aurait voulu pouvoir continuer son chemin sans peine, ou même mieux, n'avoir jamais croisé Lacey ce soir. Il en avait tellement été affecté qu'il lui aurait été facile de la punir pour lui avoir causé une telle désillusion. Il aurait été facile de sanctionner Serpentard ; il aurait été facile de lui refiler des heures de retenues avec quelqu'un qu'elle n'appréciait pas et qui lui aurait tenu la chandelle pendant trois heures.

    Certes facile, mais il ne se serait pas montré au niveau de semblable bassesses. Carl n'était pas sournois, perfide, ou faux comme pouvait se montrer certaines autres personnes. La vengeance n'était pour lui pas à privilégier, c'était un net signe de faiblesse et inhérent d'un échec, ce dont justement il ne voulait pas prouver et se prouver. La psychanalyse de Lacey trouvait là toute sa justification, et c'était ça qui énervait le plus le jeune homme. Il était tellement dépassé qu'il en suait au long du couloir qui lui servait d'échappatoire. Il tentait de masquer ses pensées avec des choses plus agréables ; la perspective de vacances avec Bryan et Stan, les week-ends avec Effy, les repas avec Evelyn, tous ces petits plaisirs qui constituait son plus grand bonheur, pour ainsi dire. C'était avant d'être à nouveau stoppé par une intervention orale de la verte et argent, ce qui eut pour conséquence d'évoquer une impression de déjà vu, ou entendu en l'occurrence.

    Carl se retourna brusquement, se mordant la lèvre inférieur comme s'il se retenait de crier, avant de rebrousser le chemin qu'il venait de parcourir avec un pas rapide et un air menaçant qui ne lui ressemblait guère. Lorsqu'il fut assez prêt d'elle pour en distinguer son air, il fut légèrement surpris de la voir toute ingénue, fatiguée elle aussi. Le jeune homme leva l'index de sa main droite et le plaça à hauteur de visage entre eux deux, comme s'il s'apprêtait à faire un sermon, ce qui s'avérait être sa première intention. Seulement, les mots ne lui venaient pas. Il aurait aimé s'expliquer et mettre tout à plat, lui affirmant qu'il trouvait le tableau de la vie de la jeune femme largement noirci alors qu'en fait il n'avait pas tous les éléments et n'avait jamais rien vécu de dramatique dans sa propre existence. C'est pour cela qu'il se retint et finit par baisser le doigt. D'un ton stricte, comme il savait si bien employer, il parla, laissant toutefois ressentir de manière prononcée son découragement et les limites de sa patience.

      « Arrête de dire ça. »


    Cette insistance était dérangeante. Carl s'apprêtait tout juste à repartir à nouveau dans la direction opposée lorsqu'elle jugea bon de parler à nouveau. Tout commençait à agacer le préfet. Il avait eu sa dose de belles paroles et sentait d'ores et déjà que cette voix débordante d'hypocrisie le hanterait au moins toute la nuit, déjà pas mal avancée. Elle était désolée. À la bonne heure. Dans le fond, Carl ne lui en voulait pas directement à elle, il n'avait rien à pardonner. Il devait s'en vouloir à lui même, à ce manque de persévérance dont il faisait preuve, aux limites qu'il avait atteint et qu'il jugeait trop basses. Il ne se rendait pas compte s'il s'en demandait trop. Il avait peur que sa rigueur scolaire ne commence à influer sur sa rigueur sociale et qu'il se fixe les mêmes seuils de réussite ; de ceci ne pouvait découler que déceptions sur déceptions.

    S'ils avaient été plus proches tous les deux, d'un point de vue de la relation qu'il les unissait, Carl le réconfortant aurait sans doute enlacé la dépitée Lacey, tout homme attentionné et désireux de répandre le bonheur qu'il était. Il n'en fut rien, et Carl se contenta de hausser les sourcils. Il n'avait plus envie de faire l'effort de prendre sérieusement en considération tout ce qu'elle disait maintenant, et en temps normal cela l'aurait sans doute davantage touché.

      « Je comprends. »


    Il se contenta de cette maigre réponse, prononcée sans grande conviction, et espérait que cela contenterait la verte et argent également. En somme, il ne savait pas ce qu'il avait clairement imaginé pour la suite de leur relation ; il ne savait même pas quel titre ils auraient pu donner à ce lien étrange. Un challenge peut être. Tout ce qui s'était passé entre eux deux n'était pour l'instant que du domaine du challenge : Carl tentant une approche dans l'unique but de découvrir les bas fonds des problèmes de sa congénère de Serpentard et dans une moindre mesure d'y remédier. Tout cela n'avait plus tellement d'importance, après cette déconvenue. Si le temps arrangeait les choses, il suffirait de laisser s'en écouler un petit peu avant qu'ils ne se reparlent à nouveau. Pour l'instant, tout ce qui importait au préfet était de terminer cette ronde nocturne.

      « Monte te coucher. Bonne soirée, Lacey. »


    Cette fois ci, il ne fit pas mine de s'en aller, il s'en alla pour de bon.
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